De Gainsborough à Moore, deux siècles de dessins britanniques au MBA

23 Avril 2015 - Jusqu'au 16 août 2015, le Musée des beaux-arts de Montréal exposera dans son cabinet d’art graphique une quarantaine de dessins britanniques tirés de sa collection permanente. On y trouvera des oeuvres de Beerbohm, Burne-Jones, Chadwick, Cotman, Cox, Flaxman, Gainsborough, Gilpin, Moore, Mortimer, Nash, Nicholson, Richardson, Romney, Rowlandson, Ruskin, Sandby et Solomon, ainsi qu’une magnifique aquarelle monumentale de Turner. Ce sera aussi l’occasion d’admirer les plus récentes acquisitions du Musée, datant des XVIIIe et XIXe siècles. Vu la fragilité des oeuvres sur papier et la nécessité d’en limiter l’exposition, il s’agira de l’une des rares présentations de ce prestigieux corpus.

La variété de styles et de sujets de cet important ensemble reflète l’art et la culture de la Grande-Bretagne du milieu du XVIIIe à la fin du XXe siècle. Si, comme on peut si attendre, les paysages y sont majoritaires, les portraits, les études de figures, les scènes de genre, les caricatures et les sujets religieux y sont également représentés.

http://www.mbam.qc.ca


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Voici un aperçu des récentes acquisitions du MBAM :

OEdipe et ses filles de John Flaxman


John Flaxman est l’un des artistes les plus influents du néoclassicisme et le plus célèbre sculpteur anglais. Il réalise des monuments dans tout le royaume, notamment à la cathédrale Saint-Paul et à l’abbaye de Westminster. Dès le début du XIXe siècle, ses dessins deviennent des exemples, qui illustrent même les manuels scolaires anglais. Son style influence les artistes de toute l’Europe – y compris William Blake, un ami intime depuis sa jeunesse avec qui il partage une quête spirituelle profonde en dehors de la religion –, Géricault, Goya et le jeune Ingres, de même que les artistes allemands Runge et Overbeck. Son oeuvre inspire, plus d’un siècle plus tard, des artistes tels Picasso et Matisse. Notre dessin est une illustration d’OEdipe à Colone, second volet de la trilogie dramatique de Sophocle. OEdipe est assis au centre, rejeté par les villageois de Colone après son mariage tragique et involontaire à sa propre mère Jocaste, qui s’est pendue en apprenant la vérité. Après s’être crevé les yeux, OEdipe s’assoit, entouré de ses deux filles dévouées, Ismène et Antigone.


Figures allongées (recto) Figures mises en place (verso) d’Henry Moore
Celui qui sera reconnu comme l’un des plus grands sculpteurs du XXe siècle est aussi un dessinateur prolifique. Bien qu’il s’adonne à l’occasion à l’abstraction pure, Henry Moore s’inspire invariablement des formes de la nature, et le plus souvent, du corps humain. Il ne cesse de dessiner, ses esquisses préparatoires lui permettant d’étudier diverses poses et variations formelles. Il transpose ensuite en sculpture celles qui ont retenu son attention. Ce dessin sera exposé de sorte qu’on puisse en admirer le recto et le verso. Issu de l’un des carnets de l’artiste, baptisé Upright Sketchbook of 1942 (Carnet de dessins à la verticale de 1942), il révèle parfaitement la vision du sculpteur. Cette dernière s’exprime dans sa manière d’utiliser les espaces blancs et dans son recours au lavis en gris et blanc (parfois appliqué sur des lignes parallèles à la plume, au fusain et au (crayon) pour créer des formes arrondies et des vides chargés d’ombres atmosphériques. Sa puissante représentation de l’espace s’incarne également dans la ligne de fond, à la base du recto, et dans ses compositions de figures des paysages dépouillés du verso. Le crayon noir, dense et foncé, et les touches de crayons rouge et vert du verso de même que le lavis rouge du recto témoignent en parallèle de sa maîtrise du potentiel d’évocation sensuelle du dessin.


L’histoire de Cornelia et de Tiberius Gracchus de John Mortimer
Peintre, dessinateur et graveur accompli, John Mortimer connaît beaucoup de succès au cours de sa carrière. Bien qu’exécutés rapidement, ses dessins à la plume et au lavis sont très précis, ses hachures croisées réalisées avec minutie, et son utilisation maîtrisée des lavis rend efficacement les ombres et les volumes. Cette feuille a très probablement pour sujet l’histoire de Cornelia, fille de Scipion l’Africain, épouse de Tiberius Sempronius Gracchus et mère des réformateurs radicaux Tiberius et Gaius Gracchus. Exemple même de la matrone romaine vertueuse, Cornelia eut douze enfants, dont trois seulement atteignirent l’âge adulte (Tiberius, Gaius et une fille, Sempronia). Ayant découvert deux serpents dans son lit, son mari consulta un augure qui lui annonça que, s’il tuait le serpent femelle, Cornelia mourrait, mais que, s’il tuait le serpent mâle, c’est lui qui mourrait. Tiberius tua donc le serpent mâle et rendit l’âme peu de temps après.



Source : Elisabeth-Anne Butikofer







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