Communiqué



De Van Gogh à Kandinsky; de l’impressionnisme à l’expressionnisme, 1900 - 1914

23 Août 2014 - Une exposition exceptionnelle au Musée des beaux-arts de Montréal
Du 11 octobre 2014 au 25 janvier 2015


Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) est heureux de présenter, en exclusivité canadienne, du 11 octobre 2014 au 25 janvier 2015, l’exposition De Van Gogh à Kandinsky : de l’impressionnisme à l'expressionnisme, 1900-1914. Un siècle après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, cette exposition exceptionnelle de plus d’une centaine de tableaux et de quelque cent dessins et gravures, réalisés par les plus grands noms de l’avant-garde, apporte un nouvel éclairage sur les extraordinaires échanges artistiques ayant présidé aux développements majeurs de l'art moderne, en Allemagne et en France, entre 1900 et 1914. Présentée au Zürich Kunsthaus en Suisse, puis au Los Angeles County Museum of Art, l’exposition du Musée des beaux-arts de Montréal se distinguera notamment par la présentation exclusive d’oeuvres majeures mais également par un riche appareil documentaire sur le Paris 1900 à la Première Guerre mondiale, comprenant plus de 200 photographies, cartes postales, revues et journaux, destiné à contextualiser, dans l’Histoire, cette période de créativité intense.

L’art des avant-gardes française et allemande entre la fin du XIXe siècle et le début de la Première Guerre mondiale est très apprécié aujourd’hui. Ses créateurs sont des artistes renommés en France – Cézanne, Gauguin, Matisse, Picasso, Signac, Van Gogh, Vlaminck – et en Allemagne – Heckel, Kandinsky, Kirchner, Klee, Nolde, Pechstein. Leurs oeuvres, qui se distinguent par leur originalité, leur force et leur beauté, comptent parmi les premiers chefs d’oeuvre de l’art moderne. Quand l’histoire de l’art s’est intéressée à cette époque fascinante, deux discours critiques émergèrent, considérant les courants français et allemand séparément. Grâce aux recherches approfondies de Timothy O. Benson, conservateur du Robert Gore Rifkind Center for German Expressionist Studies au Los Angeles County Museum of Art, cette exposition exceptionnelle, par l’importance de ses prêts, élargit notre compréhension de la complexité des influences interculturelles durant cette période, qui donna naissance à cette production artistique extraordinairement riche et fascinante.

Le contexte politique de l’avant-guerre détermine la manière dont nous considérons cette époque d’extraordinaire créativité et d’échanges entre artistes de France et d’Allemagne. Un siècle après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, nous comprenons que l’atmosphère cosmopolite en Europe avait préparé le terrain à cette phase d’effervescence artistique, tout comme nous revoyons les événements qui l’ont brutalement stoppée lors de la déclaration de guerre de 1914. Nous allons suivre la trajectoire de l’expressionnisme, de ses origines, dans le Paris de 1900 – centre incontesté des arts de l’époque – jusqu’à l’Allemagne de 1914, alors que plusieurs de ses représentants répondaient à l’appel aux armes.

Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal précise : « Voici un événement qui fait date dans l'histoire du Musée. Après les toutes premières monographies américaines que nous avons récemment présentées sur le fauve Van Dongen, sur l'expressionniste Feininger sans oublier Otto Dix, le MBAM continue son exploration de la modernité avec cette autre première consacrée à l'expressionnisme au sens large. Ce mouvement de libération de la couleur et de la touche a fédéré de nombreux peintres en France et en Allemagne, entre 1900 et 1914. Basée sur une recherche approfondie, ce projet majeur raconte le génie d'une époque, entre folie créatrice et folie meurtrière, vécue par une génération de penseurs, de mécènes, de marchands, d'artistes et de collectionneurs ouverts à une avant-garde moderne et affranchie des idées bellicistes et nationalistes des deux pays : L'art fédère au-delà des frontières. Des prêts exceptionnels de plus de 60 prêteurs internationaux, dont de réels chefs d'oeuvre signés par les maîtres les plus recherchés de l'art moderne, ont été prêtés pour cette occasion historique, un siècle après le déclenchement de la Grande Guerre. Jamais le Musée n'aura rassemblé autant de valeurs sur ses cimaises... et ce pour soutenir d'autres valeurs d'ouverture et de liberté. »

Timothy O. Benson, commissaire de l’exposition explique : « J'ai toujours été fasciné par les étapes embryonnaires de la créativité artistique tout comme par l'interaction culturelle, particulièrement en ce qui concerne l'art moderne. Une occasion idéale d'approfondir cet aspect s'est présentée en 2005, alors que des universitaires et des conservateurs de musée commençaient à s'intéresser aux origines de l'expressionnisme et du fauvisme un siècle plus tôt. Depuis, j'ai eu le privilège de travailler en collaboration avec des spécialistes, des conservateurs et des collectionneurs en Europe et en Amérique du Nord dans le but d'organiser une exposition explorant la révolution artistique déclenchée par Van Gogh et Gauguin, traçant la voie jusqu'à l'art abstrait et avant-gardiste de Franz Marc et de Wassily Kandinsky, un héritage culturel encore fondamental de nos jours. »


Des oeuvres provenant de 10 pays et d’une soixantaine de prêteurs
Les oeuvres présentées au MBAM, dans le cadre de cette exposition exceptionnelle, ont été réunies grâce aux prêts d’importants collectionneurs privés et d’institutions muséales comptant parmi les plus prestigieuses d’Europe, du Canada, d'Asie et des États-Unis comme The Metropolitan Museum of Art, le MoMA et le Solomon R. Guggenheim Museum à New York, le Los Angeles County Museum of Art, le San Francisco Museum of Modern Art, le Art Institute of Chicago, la National Gallery of Art à Washington, le Baltimore Museum of Art, le Musée d’Orsay, le Musée de l’Orangerie et le Petit Palais à Paris, le Brücke Museum à Berlin, le Kunsthaus Zürich, la Kunsthalle de Hambourg, le Stedelijk Museum à Amsterdam, El Museo Thyssen-Bornemisza à Madrid, le Musée d’Art et d’Histoire de Genève, le Kunstmuseum Basel ou encore la Tate Modern à Londres.

Parmi les oeuvres exposées, une vingtaine de tableaux et une quinzaine de gravures et de dessins seront présentés, en exclusivité, au Musée des beaux-arts de Montréal. Parmi elles :

. Autoportrait, environ 1887, Vincent van Gogh
. Le Semeur, 1888, Vincent van Gogh
. Les meules jaunes / La moisson blonde, 1889, Paul Gauguin
. Faaturuma, 1891, Paul Gauguin
. Portrait de Marie Castel (verso : Paysage), 1906, Alexej von Jawlensky
. Croiseur pavoisé à Anvers, 1906, Othon Friesz
. La Plage de Sainte-Adresse, 1906, Albert Marquet
. Rue ensoleillée à Ciboure, près de Saint-Jean-de-Luz, 1907, Albert Marquet
. L’homme blanc, 1907, Lyonel Feininger
. La Jarretière Violette, environ 1910, Kees van Dongen
. Jeune fille au corsage violet, 1912, Alexej Jawlensky
. Sans titre, Improvisation III, Wassily Kandinsky, 1914


Paris 1900, Capitale des Arts
L’exposition s’ouvre sur le Paris de 1900, avec l’Exposition universelle et un aperçu des galeries et des cafés où les artistes découvraient et commentaient le plus récent art moderne. Cinquante et un millions de personnes prirent part à la grande foire mondiale de Paris. Dans les tout nouveaux Grand Palais et Petit Palais, les visiteurs pouvaient voir des oeuvres d’art de France, de ses colonies et d’ailleurs, puis traversaient le Palais de l’Électricité, un triomphe de la technologie, illuminé par cinq mille lampes à incandescence multicolores. Les populations découvraient le monde, transportées, sur un trottoir roulant, vers les sites des pavillons de nombreux pays, le long de la Seine. Des albums de photos souvenirs, des dessins d’architecture, des photos documentaires et stéréoscopiques, de même que des courts-métrages permettront d’apprécier l’atmosphère cosmopolite qui accueillait les artistes à leur arrivée dans la Ville lumière.

Les cafés de Montmartre et de Montparnasse continuaient d’accueillir peintres, sculpteurs, romanciers, poètes et étudiants du monde entier dans une ambiance de grande liberté culturelle et sociale, souvent à l’opposé de leurs pays. Des galeristes comme Durand-Ruel et Bernheim-Jeune tenaient des expositions qui affirmaient la prééminence des impressionnistes et des post-impressionnistes. Paris attirait tous ceux qui brûlaient d’apprendre les leçons de la toute dernière avant-garde couronnée. Les échanges d’idées étaient facilités par les voyages, les livres, les revues d’art et les expositions qui allaient influer sur la production des artistes allemands.



De l’impressionnisme à l’expressionnisme
Bien que l’Allemagne n’ait pas eu de centre artistique comparable à Paris, les villes de Berlin, Dresde, Cologne, Mannheim, Munich et Essen accueillaient des expositions ou d’importantes collections, donnant aux artistes la possibilité de voir des oeuvres de l’avant-garde française et européenne. L’histoire de la provenance ou de la diffusion de plusieurs tableaux français de cette exposition peut être retracée en Allemagne avant 1914 ; ces oeuvres firent aussi partie à l’époque d’importantes rétrospectives à Paris, où les artistes de passage avaient l’occasion de les voir.

Le caractère exceptionnel de l’attitude internationaliste prévalait dans les cercles progressistes en Allemagne, un rôle remarquable a été joué par nombre de collectionneurs, directeurs de galeries et historiens de l’art grâce à leur ouverture manifeste en faveur de l’art moderne produit hors de leur pays. Par exemple, Hugo von Tschudi, directeur de la Nationalgalerie de Berlin, fut l’instigateur, en 1897, du premier achat d’un tableau de Cézanne par un musée, acquisition qui déclencha moult controverses en France ! Et c’est à Munich, durant sa visite de la première grande exposition des arts de l’Islam, que Matisse prit conscience de l’importance de l’art de l’Asie et du Moyen-Orient pour sa propre esthétique.


La couleur comme émotion
Dans ce climat politique et social, où les artistes étaient très conscients de l’existence d’une avant-garde internationale, l’émergence de l’expressionnisme doit être considérée. L’exposition examine la réception des Cézanne, Gauguin et Van Gogh, les néo-impressionnistes avec Signac, les fauves avec Matisse et les cubistes avec Picasso, en relation avec les expressionnistes allemands de « la Brücke » (« Le pont ») puis du « Blaue Reiter » (« Le cavalier bleu »). Les premières oeuvres d’artistes de « la Brücke » – Kirchner, Heckel, Schmidt-Rottluff – présentées aux côtés de tableaux fauves – Derain, Dufy, Braque et Matisse – montrent comment ces deux groupes contemporains, l’un allemand, l’autre français, s’inspirent au même moment des néo-impressionnistes, de Gauguin et de Van Gogh. Ils ont eu recours à leurs couleurs vibrantes, loin du naturalisme, pour exprimer librement leurs émotions. La suite du parcours révèle l’influence de Cézanne, plus tard du cubisme, sur les artistes des deux collectifs. Dirigé par Wassily Kandinsky et Franz Marc, le groupe du « Blaue Reiter » non officiel développe à son tour un vocabulaire de formes abstraites et de couleurs prismatiques comme moyen d’expression des valeurs spirituelles.


La montée du nationalisme
L’appréciation de l’art français n’était pourtant pas unanime en Allemagne.
En 1908, l’empereur Guillaume II démit Hugo von Tschudi de ses fonctions de directeur de la Nationalgalerie de Berlin à cause de son soutien à l’avant-garde française. L’acquisition d’un Van Gogh par la Kunsthalle de Brême, en 1911, suscita une réaction véhémente de plusieurs artistes allemands – même si un plus grand nombre encore aient pris la défense du directeur du musée, Gustav Pauli. On voyait aussi un nationalisme virulent en France, où la réputation de Matisse souffrit de ce que ses oeuvres fussent avidement collectionnées par des Allemands, et du fait que son académie parisienne était fréquentée par de nombreux étudiants étrangers. Le nationalisme croissant qui teintait les débats sur l’art sonna le glas de l’utopie des échanges culturels qui avaient caractérisé la première décennie du XXe siècle.


La Grande Guerre
L’exposition se clôt sur la Première Guerre mondiale, qui mit fin tragiquement à une période d’exceptionnelle créativité. Une série de photographies inédites documentant la guerre en France et en Allemagne, accompagnées de cartes postales, de cartes topographiques et de vues stéréoscopiques, établit la chronique de ce conflit majeur. Des extraits de lettres et de journaux intimes écrits par des artistes, dont plusieurs participèrent activement aux combats, donnent une vision intimiste de la période. Des photos de ces artistes en soldats, la mort de deux d’entre eux, Franz Marc et August Macke, apportent un témoignage de cette terrible conflagration.


Une scénographie signée Gilles Saucier
Gilles Saucier est associé principal et responsable de la conception chez Saucier + Perrotte Architectes qu’il a fondé en 1988. Les réalisations de l’agence lui ont valu de très nombreuses reconnaissances, au Canada et à l’international, dont sept médailles et prix d’architecture du Gouverneur Général ainsi que deux International Architecture Awards. En 2010, le MBAM avait déjà invité Gilles Saucier pour la scénographie de l’exposition consacrée au couturier québécois Denis Gagnon. Son travail en photographie raffine son approche du cadre et l’amène à envisager de nouvelles perspectives. En 2009, Saucier + Perrotte Architectes a reçu le prix d’excellence du meilleur cabinet d’architectes au Canada de la part de l’Institut Royal d’Architecture du Canada. En 2004, l’agence avait été sélectionnée pour représenter le Canada à la prestigieuse Biennale de Venise. Cette année, la firme a obtenu la Médaille du Gouverneur général en architecture.


Une importante publication scientifique
L'expressionnisme en Allemagne et en France : De van Gogh à Kandinsky est publié conjointement par le LACMA, le Musée des beaux-arts de Montréal et DelMonico/Prestel. Regroupant plus de 200 illustrations, l'ouvrage de 296 pages met en lumière les oeuvres du néo-impressionnisme, du post-impressionnisme, du fauvisme et du cubisme en relation avec celles des expressionnistes allemands. Réalisé sous la direction de Timothy O. Benson, le catalogue comprend, en outre, une chronologie exhaustive des échanges artistiques et des essais d'éminents spécialistes dont Laird M. Easton, Claudine Grammont, Frauke Josenhans, Peter Kropmanns, Katherine Kuenzli, Magdalena M. Moeller et Sherwin Simmons.



Crédits et commissariat de l’exposition
L'exposition est organisée par le Los Angeles County Museum of Art (LACMA) et le Kunsthaus Zürich en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal. Le commissariat de l'exposition est assuré par Timothy O. Benson, conservateur du Rifkind Center for German Expressionist Studies, avec l'assistance de Frauke Josenhans, Laird M. Easton, Claudine Grammont Peter Kropmanns, Katherine Kuenzli, Magdalena M. Moeller et Sherwin Simmons. À Montréal, l'exposition est organisée, sous la direction de Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef, par Anne Grace, conservatrice de l'art moderne.

L'exposition est présentée à Montréal grâce au soutien de Fiera Capital en collaboration avec Metro, l'Association des bénévoles du Musée des beaux-arts de Montréal, Air Canada, Air Canada Cargo, le Goethe Institut et son partenaire le Gouvernement fédéral d'Allemagne, Bell, Richter, Tourisme Montréal, La Presse et The Gazette.

Le Musée tient à remercier le ministère de la Culture et des Communications du Québec pour son appui essentiel, de même que le Conseil des arts de Montréal et le Conseil des arts du Canada pour leur soutien constant. Le programme d’expositions internationales du Musée bénéficie de l’appui financier du fonds d’expositions de la Fondation du Musée des beaux-arts de Montréal et du fonds Paul G. Desmarais. Le Musée souligne également l’appui du ministère du Patrimoine canadien par le biais du Programme d’indemnisation pour les expositions itinérantes au Canada.



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De Van Gogh à Kandinsky
L’expressionnisme en Allemagne et en France
Par Timothy O. Benson, commissaire de l’exposition


Aujourd’hui, l’« expressionnisme » est généralement compris comme un mouvement artistique allemand distinct. À ses débuts, pourtant, à l’aube du XXe siècle, ce terme ne fut pas attribué à un pays en particulier. Il évoluait dans une atmosphère cosmopolite bouillonnante en Europe : les artistes français et allemands réagissaient aux derniers développements de l’art moderne avec des tableaux brillamment colorés, empreints de spontanéité. D’où l’expressionnisme a-t-il surgi ?

« Van Gogh a frappé l’art moderne comme un éclair », dit vers 1910 un observateur allemand à propos de l’influence de l’oeuvre pionnière d’un artiste moderne sur ses pairs en Allemagne. L’oeuvre de Van Gogh – mort quinze ans plus tôt dans une relative obscurité – s’était par la suite répandue grâce au réseau d’échanges culturels instauré sous forme d’expositions entre l’Allemagne et la France ; grâce aussi à la floraison de collections publiques et privées, au marché de l’art et aux voyages des artistes, marchands et directeurs de musées. Le collectionnement frénétique et l’exposition d’oeuvres de Cézanne, Van Gogh, Gauguin et d’autres, s’accompagnaient de débats critiques enflammés dans les revues d’art illustrées et dans d’autres ouvrages, notamment les publications du critique d’art Julius Meier-Graefe – tout comme parmi les artistes eux-mêmes, au travers de correspondances et de discussions dans des lieux de rencontre comme le Café des Westens, à Berlin, et le Café du Dôme, à Paris. Des marchands d’art allemands, tels Wilhelm Uhde et Daniel-Henry Kahnweiler, ouvraient des galeries à Paris ; ils imposèrent la présence d’Henri Rousseau et de Picasso auprès d’un plus large public. Les artistes allemands Emil Nolde et Paula Modersohn-Becker avaient étudié à l’Académie Julian et à l’Académie Colarossi, à Paris, tandis que les galeries Bernheim-Jeune, Durand-Ruel et Ambroise Vollard offraient à Alexej von Jawlenski, Wassily Kandinsky, Gabriele Münter, et à beaucoup d’autres, l’occasion de découvrir non seulement Van Gogh, mais les nabis, les néo-impressionnistes, Cézanne et Gauguin...

À Berlin, le visionnaire Hugo von Tschudi commença à acheter des oeuvres d’art moderne français, tandis que Paul Cassirer fut parmi les premiers à exposer Van Gogh dans sa galerie privée. Cassirer organisa de nombreuses expositions qui circulèrent dans d’autres villes allemandes comme Dresde. C’est là qu’une première présentation de l’oeuvre de Van Gogh eut lieu à la galerie Arnold, en 1905, suscitant un grand enthousiasme parmi les artistes de la Brücke, premier regroupement des expressionnistes, fondé quelques mois auparavant. La touche spontanée et pleine de vivacité de Van Gogh et son abandon de la couleur locale en faveur d’un profond engagement émotionnel exprimé par la couleur, ouvraient une perspective entièrement nouvelle, loin de ce que les membres de la Brücke voyaient comme un attachement restrictif à la seule perception.

Alors que cette activité foisonnait à Berlin, à Paris, les fauves Derain, Vlaminck et Matisse, se joignirent à Braque, Dufy, Marquet... pour élaborer une alternative à l’impressionnisme et qui se concentrerait sur des couleurs fortes et une touche fougueuse. Bientôt, les Fauves furent montrés en Allemagne, lors d’une exposition à Dresde, à laquelle des artistes de la Brücke participèrent également. Kirchner et Pechstein visitèrent l’exposition Matisse (accrochée par lui-même) chez Cassirer, à Berlin, en 1909 : ils informèrent Heckel, par une carte postale, de son caractère « sauvage ». De fait, Kirchner doit avoir été conforté par les recherches de Matisse sur la composition et sur l’espace.

Le groupe Der Blaue Reiter, fondé en 1911, était bien au fait des tendances artistiques de l’heure à Paris. Ses membres fondateurs – Kandinsky, Jawlensky, Gabriele Münter et Marianne von Werefkin – y séjournaient fréquemment et présentaient leurs oeuvres au Salon d’automne et au Salon des Indépendants. Les tonalités spectaculaires du fauvisme firent leur chemin dans leurs oeuvres à partir de 1908, année où le groupe commença de passer l’été à Murnau, un village des Alpes bavaroises où l’on goûtait la subtile lumière des lieux. Cette palette se reflète dans les flamboyants paysages de Jawlensky, Münter, Werefkin et Kandinsky. Aucun de ces tableaux ne peut s’imaginer sans Murnau ou n’aurait été possible sans l’influence du fauvisme. Pourtant, chacune de ces oeuvres originales a été créée par un artiste dans sa maturité et suivant une direction entièrement indépendante.

Ainsi le développement de l’expressionnisme se produisit dans le milieu cosmopolite formé par les artistes, dans les galeries et les musées d’Allemagne aussi bien que de France, au début du XXe siècle. La fondation de groupes dont le nom est quasiment synonyme d’« expressionnisme » – Die Brücke et Der Blaue Reiter – se produisit à un moment clé où des artistes travaillant en Allemagne prêtèrent une attention soutenue aux styles développés en France. L’exposition cherche à rassembler des chefs-d’oeuvre français et allemands en les plaçant dans leur contexte historique – rappelant quand et où ils furent exposés, collectionnés, et vus par d’autres artistes – de manière à ce que nous en jouissions à nouveau tout en captant le moment où les artistes qui les ont peints étaient inspirés les uns par les autres.

Timothy O. Benson
Conservateur du Robert Gore Rifkind Center for German Expressionist Studies
La version originale de ce texte a été extraite de la revue Insider du LACMA au printemps 2014





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À propos du Musée des beaux-arts de Montréal
Le Musée des beaux-arts de Montréal est le musée le plus fréquenté au Canada. En 2013, plus d’un million de personnes ont visité sa collection encyclopédique unique au Canada, qui compte plus de 41 000 oeuvres, et ses expositions temporaires originales, croisant les disciplines artistiques (beaux-arts, musique, cinéma, mode, design), mises en valeur par des scénographies atypiques. Il conçoit, produit et met en tournée en Europe et en Amérique plusieurs de ses expositions. Il est aussi l’un des plus importants éditeurs canadiens de livres d’art en français et en anglais qui sont diffusés partout dans le monde. Près de 200 000 familles, écoliers et personnes à besoins particuliers participent chaque année à ses programmes éducatifs, culturels et communautaires. Le MBAM est également l’institution muséale canadienne qui compte le grand nombre de membres : 88 000. L’année 2011 a marqué l’ouverture d’un quatrième pavillon, consacré exclusivement à l’art québécois et canadien – le pavillon Claire et Marc Bourgie – et d’une salle de concert de 444 places intégrant une rare collection de vitraux Tiffany – la salle Bourgie. Les riches collections du Musée sont déployées dans ses trois autres pavillons dédiés aux cultures du monde, à l’art européen ancien et contemporain, aux arts décoratifs et au design. Enfin, le Musée intègre désormais la musique pour que ses visiteurs puissent découvrir autrement les arts visuels grâce à des promenades musicales et autres activités inédites. Les Studios Art & Éducation Michel de la Chenelière, inaugurés en 2012, ont presque doublé les espaces destinés aux écoles, aux familles et aux groupes communautaires. En 2014, le FIFA (Festival International des Films sur l’Art) est entré en résidence permanente au Musée et collabore désormais à l’intégration de ses films dans le cadre des multiples activités du MBAM. Enfin, un cinquième bâtiment, le Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein, consacré à l’art international et à l’éducation, ouvrira ses portes, fin 2016, pour le 375e anniversaire de Montréal.







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