Bonnard et ses amis, Matisse, Monet, Vuillard...

23 Avril 2012 - Bonnard entre amis
Matisse, Monet, Vuillard...

19 mai - 16 septembre 2012


Cet été, le musée Bonnard au Cannet présente une exposition temporaire composée de regards croisés entre Bonnard et ses amis, Matisse, Monet, Vuillard... Pierre Bonnard a entretenu des relations étroites avec les peintres de son époque. Que ce soit des relations de travail ou de simples relations amicales, Bonnard appréciait les contacts, plus encore s’il s’agissait de sa passion, la peinture.

L’exposition s’articule autour de plusieurs personnalités liées à Bonnard tels que Vuillard, Monet, Matisse, Manguin… Elle abordera en trois chapitres les thématiques communes à chacun des artistes : les portraits croisés de Bonnard, Vuillard & les Nabis ; la Normandie chère à Monet et à Bonnard ; les variations sur la fenêtre que traitèrent Matisse, Bonnard, Manguin et d’autres.

L’exposition est constituée d’une cinquantaine d’œuvres et d’une majorité de peintures prêtées par les plus grandes institutions internationales et nationales comme le musée Pouchkine de Moscou, le musée d’Orsay, la galerie Larock-Granoff de Paris et des collectionneurs privés. Bonnard entre amis. Matisse, Monet, Vuillard... restaure le dialogue que Bonnard entretint avec l’ensemble de ses amis.

Commissariat Véronique Serrano, conservateur du musée Bonnard

Bonnard, Vuillard & les Nabis : Portraits croisés
Le cercle de jeunes camarades auquel Bonnard est affilié dès ses débuts, Les Nabis, fondé par Paul Sérusier en 1888, se compose de douze membres : Bonnard, Denis, Rippl-Ronaï, Valloton, Ranson, Vuillard et Roussel, ses amis les plus proches...

C’est l’histoire de jeunes peintres qui se rencontrent sur les bancs de l’école, à l’Académie Julian ou autour de la Revue blanche. Avant de faire partie d’un courant artistique, il s’agit avant tout d’une histoire de rencontres, d’amitiés et de regards croisés.

Ce groupe que la critique accuse « d’être infantile » est uni par la proximité de leurs conceptions esthétiques. Influencé par Gauguin, il revendique l’autonomie de la couleur et de la ligne. L’absence de perspective et l’utilisation de tons purs le caractérise.

Les relations privilégiées entre chacun des artistes est aussi l’occasion d’échanger des portraits croisés témoins de la force de cette amitié et de leur admiration réciproque. Jozef Rippl-Ronai a d’ailleurs écrit dans ses Mémoires que « Vuillard et Bonnard […] n’auraient pu évoluer l’un sans l’autre : ils avaient fortement besoin l’un de l’autre ».

Avec leurs amis ils cherchent à exprimer l’inexprimable, à « sentir » comme le conseillait Cézanne, qu’ils admirent pour son indépendance.

Ces portraits croisés, indépendants de « l’apparence visible », sont censés représenter davantage l’intériorité du sujet et plus généralement la place de l’homme dans le monde.

Hors du temps, ils se font l’écho de leurs rencontres avec les modèles, de leurs dialogues silencieux.

2. Bonnard & Monet : La nature, entre simplicité et démesure
Bonnard rend visite à Monet pour la première fois en 1909 en compagnie de Vuillard. A cette date, Bonnard s’est dégagé de toute influence de groupe, il développe ses propres recherches sur la couleur et la lumière. Il apprécie depuis longtemps la Normandie pour ses ciels et sa lumière changeants mais la présence du Maître des Nymphéas ne fera qu’accroître son désir de s’y installer. L’année suivante, Bonnard découvre Vernonnet, au bord de la Seine à moins de 5 km de Giverny.

Il achète en 1912 une maison «Ma Roulotte», qu’il conserve jusqu’en 1938. Bonnard rend visite régulièrement à Monet, figure tutélaire « qui a libéré la peinture française », de qui il reçoit conseils et encouragements. Leur correspondance témoigne de cette admiration et de ce respect. Pour Monet l’avis de son cadet compte énormément « je serais content de vous voir [….] aujourd’hui […] parce que je voudrais vous montrer où en sont mes grandes machines» écrit Monet à Bonnard en avril 1916.

L’impressionnisme, dont l’esthétique est fondé sur la sensation est pour Bonnard « un nouvel enthousiasme, une sensation de découverte et de libération […] l’impressionnisme a apporté la liberté […] ».

C’est dans ce nouvel environnement que la palette de Bonnard s’éclaircit et sa facture connaît en ces lieux bucoliques une nouvelle liberté.

Bonnard comme Monet vouent un véritable culte à la nature. Ils partagent la même passion pour leur jardin ; Monet dans la démesure (travaux, format, environnement) et Bonnard dans la simplicité et la transcription sensible de la couleur, dans une même quête d’harmonie.

Monet avec la patience d’un jardinier, invente un paysage, un jardin dit « impressionniste » par la profusion végétale débordante et la succession des harmonies colorées.

Bonnard, quant à lui, s’adonne au paysage sans s’obliger à reproduire tous les éléments du motif réel. Seuls quelques détails rappellent le modèle initial. Fasciné par les visions changeantes de cette nature, Bonnard réagit au temps. «L’art n’est pas la nature» elle est une vision qui lui suggère une idée initiale, une «première inspiration». La couleur est le moyen d’expression qui l’aide à recomposer sa sensation dans son atelier et non en plein air à la différence de Monet.

3. Bonnard & Matisse… : Variations sur la fenêtre
Matisse avec lequel Bonnard a eu une correspondance importante et qu’il qualifie de «meilleur d’entre nous», partage une dévotion entière pour la peinture. Chacun à sa manière explore la thématique de la fenêtre avec autant de débats possibles. Cet élément du quotidien, chargé de symbolique, fascine de nombreux artistes qui ont joué de ses subterfuges. Elle relève d’une théorie de la peinture depuis Alberti. Bonnard et Matisse partagent la même idée de la peinture : celle-ci n’est «pas imitation de la nature mais transcription d’émotions». Tous deux traitent du dialogue intérieur/extérieur de manière distincte. Matisse cherche la cohérence et s’aide pour cela de la photographie pour garder trace des états successifs. Son esthétique dialogue entre raison et émotion.

Bonnard, quant à lui, aspire à traduire un espace ouvert dans un moment fixé en s’appuyant sur les notes prises dans ses agendas et ses carnets. « Au peintre, il suffit que les fenêtres soient larges afin que pénètre, telle la foudre, l’éclat du jour, qui frappe avec toutes les subtilités tout ce qu’il peut rencontrer ». Bonnard s’attache à étudier la sensation lumineuse unissant intérieur et extérieur, «la multitude de touches colorées qui forme la vision», définissant les éléments du tableau.

Matisse s’intéresse au thème de la fenêtre en tant que libre circulation et non en souhaitant rapprocher l’intérieur de l’extérieur. Il se focalise sur l’espace « qui ne fait qu’un depuis l’horizon », qu’il traite par l’usage de surfaces colorées et de teintes pures.

D’autres peintres, comme Manguin ou Camoin, s’intéressent à ce thème, cet élément de passage qui permet de faire circuler «l’air» à l’intérieur du tableau.


Les dates clés

Entre 1861 et 1870, naissent la plupart des artistes de la génération nabi : Paul Elie Ranson (1861-1909), Félix Vallotton (1865-1925), Pierre Bonnard (1867-1947), Kerr-Xavier Roussel (1867-1944), Émile Bernard (1868-1941), Édouard Vuillard (1868-1942), Jan Verkade (1868-1946), Georges Lacombe (1868-1916) et Maurice Denis (1870-1943). Naissance de József Rippl-Rónai (1861-1927), d’Henri Matisse (1869-1954), d’Henri Manguin (1874-1949) et de Charles Camoin (1879-1965).

1872 Monet peint Impression soleil levant qui donne son nom à l’Impressionnisme dont la première exposition aura lieu en 1874.

1883 Monet s’installe à Giverny, en Normandie.

1888 Sous l’impulsion de Paul Sérusier se forme un nouveau mouvement pictural fondé sur les recherches de Gauguin révélant aux membres du mouvement la force de la couleur vive. Sérusier, Denis, Ibels, Ranson et Bonnard sont les premiers membres d’un groupe qui réunira une douzaine de jeunes peintres. Parallèlement, la leçon du japonisme conduit ces artistes à rechercher une plus grande simplification de la ligne.

1889 L’atelier de Ranson à Paris est baptisé le « Temple » car les discussions du groupe y ont souvent part. Sérusier demande à son ami Cazalis de trouver un nom pour le groupe qui va désormais s’appeler les « Nabis », signifiant prophètes en hébreu.

1890 Maurice Denis publie le manifeste du nabisme dans la revue Art et critique, prônant la suprématie du traitement pictural sur le sujet représenté et renonçant à imiter la nature.

1891 Naissance de la Revue blanche, dirigée par les Frères Natanson. Véritable publication d’avant-garde, la revue traduit l’effervescence du milieu artistique et intellectuel européen à la fin du XIXe siècle.

1892 Vallotton rejoint le groupe des Nabis, il est surnomé le «Nabi étranger».

1899-1900 Maurice Denis réalise le spectaculaire Hommage à Cézanne exposé pour la première fois au Salon de la Société nationale des Beaux-arts de 1901. Y sont représentés : Odilon Redon, Édouard Vuillard, André Mellerio, Ambroise Vollard, Maurice Denis, Paul Sérusier, Kerr-Xavier Roussel, Pierre Bonnard. Sont absents du groupe des Nabis largement représentés, Vallotton et Maillol. Vallotton répondra quelques années plus tard par une grande composition intitulée Les Cinq peintres.

1905 Matisse passe l’été à Collioure en compagnie de Derain. Ensemble ils peignent des tableaux qui vont devenir emblématiques du fauvisme. Matisse peint une première Fenêtre ouverte à Collioure, jalon initial et constant de son oeuvre.

1908 Paul Ranson ouvre l’Académie Ranson qui perdurera après sa mort. Les professeurs ne sont autres que Bonnard, Vuillard, Roussel, Sérusier, Maillol, Vallotton ou Maurice Denis notamment. Matisse ouvre son académie de dessin et de peinture qui fermera en 1911. Il expose à la rétrospective du salon d’automne sa grande composition Desserte rouge, harmonie rouge, fenêtre d’une scène intérieure où toute perspective et distinction sont gommées.

1909 Premier long séjour de Bonnard à Saint-Tropez chez Henri Manguin, éblouissement du Sud. Début d’une longue correspondance. Rencontre avec l’éditeur et critique d’art, le passionné de photographie, George Besson. En décembre, Bonnard et Vuillard se rendent ensemble à Giverny visiter Claude Monet et son exposition chez Durand Ruel.

1912 Bonnard achète à Vernonnet, au bord de la Seine, une maison nommée « Ma Roulotte », près de la maison de Monet à Giverny, auquel il rend visite régulièrement. Il achète auprès de Bernheim-Jeune Fenêtre à Collioure (1912) de Matisse.

1913-1915 Bonnard traverse une crise picturale. Sentant que la couleur « l’[a] entraîné trop loin », il redécouvre la nécessité de « revenir à la forme » et se concentre sur son dessin.

1914 Matisse peint Porte fenêtre à Collioure une peinture radicale sur sa vision de la guerre. De son vivant, Matisse n’a jamais exposé ce tableau magistral dont le message sera découvert bien après sa mort.

1914-1916 Monet se fait construire un vaste atelier spécialement destiné à son travail sur les Nymphéas qu’il appelle « ses grandes machines ».

1916 Décès d’Odilon Redon.

1918 Bonnard séjourne à Antibes où Matisse lui rend visite en fin d’année. Matisse commence la série des intérieurs niçois.

1919 Décès d’Auguste Renoir, à Cagnes-sur-Mer, dans sa maison des Collettes.

1921 Matisse passe de plus en plus de temps à Nice où il peint un certain nombre de fenêtres. Il y restera jusqu’en 1928.

1922 Le 12 avril, l’acte de donation de Monet à l’État des panneaux des Nymphéas est signé .

1922-1925 Bonnard séjourne à Cannes puis au Cannet où il loue trois villas.

1923 Vuillard réalise les premières esquisses d’une série de portraits les Anabaptistes de Bonnard, Roussel, Maillol et Maurice Denis. La série sera achevée en 1937.

1925 Après trente ans de vie commune, Bonnard épouse Marthe en août ; quelques semaines plus tard, Renée Monchaty se suicide. Commence une série de Nus à la baignoire. Début de la correspondance conservée entre Bonnard et Matisse.

1926 Bonnard partage ses séjours entre Le Cannet, Paris, la Normandie et Arcachon. Il achète sur les hauteurs du Cannet, en contrebas du canal de la Siagne, une petite maison qu’il baptise « Le Bosquet ». Ses premiers visiteurs sont Matisse, puis la famille Hahnloser. Claude Monet s’éteint le 5 décembre à l’âge de 86 ans. Six mois avant sa mort, Vuillard et Roussel lui avaient rendu visite.

1930 Matisse visite les États-Unis. En visite chez Marjorie et Duncan Phillips à Washington, il déclare que Bonnard est chez bien plus présent que lui : « vous avez raison Bonnard est le meilleur d’entre nous ».

1934 Bonnard effectue de longs séjours au bord de la Manche à Trouville et Deauville, enchanté par cette « lumière qui change sans cesse ».

1936 Bonnard rencontre pour la première fois Aimé Maeght, qui est alors publiciste et lithographe. Paul Rosenberg devient le marchand de Matisse et organise des expositions.

1939 Bonnard se retire au Cannet. Il ne reviendra à Paris qu’à la fin des hostilités, en juillet 1945.

1940 Sa correspondance avec Matisse à Nice s’intensifie d’autant que ce dernier tombe gravement malade. Bonnard est très affecté par l’état de son pays en guerre et par la mort de son ami Vuillard en juin. À Maurice Denis, qui lui a annoncé la triste nouvelle, il répond : « je pense que tu travailles, c’est notre meilleure manière de nous défendre ».

1942 Décès de Marthe au Cannet le 26 janvier 1942. Il est très affecté par cette nouvelle disparition, qui accentue la tristesse de ces années de guerre. Ses liens d’amitié avec la famille Maeght se renforcent. Bonnard les voit presque quotidiennement et partage leurs plaisirs familiaux.

1944 Après s’être rendu chez Matisse à Nice, le photographe Henri Cartier-Bresson fait une série de vingt-sept photographies de Bonnard.

1945 Georgette Chardoune prend à son tour d’émouvantes photographies de Bonnard au « Bosquet ».

1946 Les fils de Josse Bernheim – Jean et Henry Dauberville – consacrent à Bonnard sa première exposition d’après guerre. Brassaï, André Ostier puis Gisèle Freund viennent à leur tour au « Bosquet ».

1947 23 janvier : Bonnard s’éteint dans sa maison enchantée du « Bosquet ». Il repose aux côtés de Marthe au cimetière municipal Notre-Dame-des-Anges au Cannet.

Événements
L’équipe du service des publics du musée Bonnard propose un éventail de formules adaptées à chaque public : différentes activités autour de la collection et des actions innovantes tout au long de l’année.

Nuit européenne des musées
[ Samedi 19 mai 2012 de 20h à minuit ] Entrée gratuite
Première participation du musée Bonnard à la 8ème édition de la Nuit européenne des musées organisée par le Ministère de la Culture et de la Communication.

Le musée Bonnard propose une soirée culturelle insolite dans le cadre de l’inauguration de l’exposition Bonnard, entre amis.

Matisse, Monet, Vuillard...
A cette occasion, une petite voix va se faire entendre le 19 mai 2012 à partir de 20h...
L’équipe du musée vous propose de partager une vision originale de l’exposition.

Activités culturelles
Le musée propose aux adultes une visite interactive pour découvrir l’oeuvre de Bonnard.
Les participants sont accompagnés dans le développement d’un regard actif devant les œuvres et encouragés à échanger des idées. Visites singulières, regards croisés.
Le service des publics propose une approche ludique de l’oeuvre de Bonnard grâce à des visites ateliers à destination des enfants. Les familles sont elles aussi invitées au musée le temps d’une découverte insolite.

En direction du public scolaire et en relation avec les programmes scolaires notamment l’histoire des arts, les projets pédagogiques sont liés aux expositions en cours et menés en concertation avec les enseignants. Proposition d’une grande variété d’activités pédagogiques où questions après questions, les élèves découvrent l’art et le patrimoine.

Journées européennes du patrimoine
[Samedi 15 et dimanche 16 septembre 2012]
Participation du musée Bonnard à la 29ème édition des Journées européennes du patrimoine organisée par le Ministère de la Culture et de la Communication et qui auront pour thème « Les patrimoines cachés ».

Des animations et des médiations seront proposées au public tout au long de ce week-end spécial des journées du patrimoine et qui clôtura l’exposition Bonnard, entre amis. Matisse, Monet, Vuillard...

Partenariat convention de Partenariat entre le Musée d’Orsay et le Musée Bonnard

Le musée Bonnard vient de conclure une convention de partenariat scientifique pour cinq ans avec les musées nationaux d’Orsay et de l’Orangerie à Paris.

Depuis 2003, la ville du Cannet a entrepris de développer les collections du musée Bonnard par l’acquisition d’oeuvres et une politique forte de mécénat. Le label « Musée de France » est attribué en 2006 par le Ministère de la Culture et de la Communication au musée Bonnard.

Inauguré le 25 juin 2011, le musée Bonnard connaît un beau succès avec plus de 52 000 visiteurs lors de l’exposition inaugurale Bonnard et Le Cannet. Dans la lumière de la Méditerranée.

Pierre Bonnard est un artiste qui s’inscrit pleinement dans la période représentée par le musée d’Orsay, lequel possède la plus grande collection mondiale d’oeuvres du XIXe siècle.

Ce partenariat privilégié aura pour principal objectif d’enrichir les collections du musée et les expositions temporaires par le prêt exceptionnel d’oeuvres ainsi que de bénéficier d’une expertise scientifique et technique du musée d’Orsay.

Un travail en étroite collaboration sera mis en place entre les deux équipes en matière d’acquisitions d’oeuvres, de programmation d’expositions et de commissariats communs.

Dès le mois d’octobre 2012, le musée Bonnard accueillera l’exposition Misia, Reine de Paris proposée par le musée d’Orsay cet été.


Source : Andréa Longrais / Léopoldine Turbat







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