Communiqué



L’empereur guerrier de Chine et son armée de terre cuite

28 Février 2011 - Des trésors inestimables en provenance d’un des plus vastes sites archéologiques au monde

Jusqu'au 26 juin 2011, une exposition archéologique majeure, L’empereur guerrier de Chine et son armée de terre cuite, entraînera les visiteurs du Musée des beaux-arts de Montréal, dans un lointain périple couvrant près de 1 000 ans d’histoire de la Chine.

La découverte fortuite, en 1974, du prodigieux ensemble funéraire de l’empereur Ying Zheng, le plus important de Chine et l’un des plus vastes au monde, a permis la mise à jour de trésors inestimables. Il s’agit de la dernière grande découverte archéologique du vingtième siècle, après celle de la tombe de Toutankhamon. En 1987, ce site a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Grâce à la coopération exceptionnelle de la Province du Shaanxi et aux prêts de quinze des plus importants instituts de recherche archéologique et musées de cette région, 240 objets remarquables seront présentés, dont quelques-uns des célèbres soldats de l’armée de l’empereur et plusieurs oeuvres récemment exhumées. Nombre d’entre eux sont montrés pour la première fois en Amérique du Nord à l’occasion de cette tournée canadienne, où n’ont jamais quitté la Chine auparavant.

L’exposition porte sur la vie de l’empereur Ying Zheng (259-210 av. J.-C.), tant sur terre que dans l’au-delà, et apporte un éclairage sur la naissance d’une nouvelle cohésion culturelle et géopolitique qui imprègnera profondément la Chine pour les siècles à venir. Elle représente une rare opportunité d’admirer un ensemble d’objets archéologiques d’une étonnante diversité qui ne ressortira pas de Chine avant longtemps.

« Le Musée des beaux-arts de Montréal est heureux de s'associer à cette grande exposition archéologique qui présente des artéfacts exceptionnels prêtés par la Chine. Reflet de notre vision globale, la présentation de cette exposition confirme notre intention de donner plus de visibilité aux cultures anciennes, tout comme la nomination de notre première conservatrice de l’art asiatique, Laura Vigo, et la réinstallation prochaine de nos collections d’art asiatique », déclare Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal.


L’empereur guerrier de Chine et son armée de terre cuite : des objets inestimables.
Datant d’il y a 2 200 ans, dix sculptures de terre cuite plus grandes que nature constituent le clou de cette présentation. Cet ensemble comprend deux officiers de haut rang, quatre soldats, un fonctionnaire civil, un acrobate et même deux chevaux, entre autres oeuvres, provenant de différentes fosses dégagées depuis cette date qui renferment 2 000 guerriers et chevaux. Chacune des statues est unique. De rares sculptures en bronze, dont une oie, exhumées en 2005 de ce qui est considéré comme le site du jardin d’eau du souverain, d’autres reliques inédites ainsi qu’un nombre important de figurines funéraires, ornements en jade et en or, épées, monnaies, éléments architecturaux et accessoires militaires provenant des tombes des empereurs Gaozu et Jing, de la dynastie Han, retraceront près de dix siècles de rites funéraires..

L’exploration de ce site de la province du Shaanxi (Chine du Nord), où se trouve le mausolée monumental de Qin
Shihuangdi (l’empereur Ying Zheng), se poursuivra pendant de longues années, car il ne représente qu’une infime partie du plus vaste complexe funéraire de ce pays, qui est par ailleurs le plus grand mausolée au monde.
C’est sur le mausolée de l’empereur Qin que se trouve le premier musée chinois érigé in situ, le plus grand à ce jour. Les fouilles s’y poursuivent et les archéologues utilisent maintenant des techniques de restauration nouvelles pour préserver les couleurs fragiles de ces guerriers. On évalue à près de 8 000 ces statues de terre cuite magnifiquement disposées en corps d’armée, souvent appelées « huitième merveille du monde », et il en reste beaucoup à exhumer.


Le parcours de l’exposition
Successions de dynasties, transitions politiques et sociales marquées par la guerre ou la paix, la riche histoire de la Chine ancienne et de ses profondes transformations se déroulera devant les visiteurs, selon trois sections chronologiques.


• L’ascension de Qin (IXe siècle – 221 av. J.-C.)
Cette première section débute au IXe siècle av. J.-C., alors que la famille Ying faisait partie d’un petit clan de la noblesse au service de la cour royale des Zhou. En récompense de ses prouesses militaires et de la défense de la famille au pouvoir, la famille Ying reçut des terres et le titre de duc de Qin fut décerné à son chef. On peut voir dans l’exposition une cloche en bronze ayant appartenu au duc Wu de Qin, qui atteste le don d’une seigneurie au duc Xiang, ancêtre du Premier Empereur. Dans cette section figurent des personnages récemment découverts ainsi que les plus anciens soldats de terre cuite jamais exhumés dans ce pays. L’un des joyaux de l’exposition, inconnu hors de Chine, est une peinture murale provenant du complexe funéraire impérial. Le noir, couleur préférée du Premier Empereur selon les sources documentaires, domine dans les peintures multicolores réalisées sur argile.


• L’armée de terre cuite du « Premier Empereur de Chine » (221-206 av. J.-C.)
La seconde partie de l’exposition porte sur la vie et l’héritage du fameux Premier Empereur et sur l’émergence de son armée en terre cuite. Ying Zheng accéda au trône de l’État de Qin en 246 av. J.-C., à l’âge de 13 ans. Après avoir conquis le dernier État indépendant et mis fin à 500 ans de guerre et de rivalités étatiques, Ying Zheng devint roi de toute la Chine en 221 av. J.-C. Fort de cette réalisation sans précédent, désireux de montrer son pouvoir et son rang, il se déclara Qin Shihuangdi, « Premier Auguste Empereur des Qin », espérant que la famille Ying continuerait de régner pendant des milliers de générations. Comptant parmi les trésors nationaux de la Chine, les objets présentés dans cette section sont en bonne partie le fruit des découvertes archéologiques les plus récentes faites dans le mausolée de l’Empereur. On remarquera en particulier une armure et un casque faits de plates de pierre et une oie en bronze grandeur nature.


• L’époque harmonieuse des Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.)
La troisième section étudie les changements politiques et sociaux qui ont marqué la montée de la dynastie des Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.) après la mort soudaine de Ying Zheng en 210 av. J.-C. Les empereurs Han maintiennent les politiques administratives du Premier Empereur ainsi que les rites de sépulture de son époque. Eux aussi enterrent des sculptures de terre cuite chargées de l’administration dans l’au-delà, mais leur taille n’a jamais égalé celle des sculptures créées sous les Qin. Plus petites, rassemblées en groupements, les statuettes créées au début de la dynastie des Han s’inspirent de thèmes différents, plus représentatifs de la vie quotidienne. Une importante sélection d’objets de terre cuite exhumés des tombeaux des empereurs Gaozu et Jing figurent dans cette partie de l’exposition : de magnifiques dames et des soldats de terre cuite peinte ainsi qu’un assortiment d’animaux de ferme - cochons, chiens, moutons, chèvres et poulets -, évoquent la vie relativement paisible de cette période de laquelle datent des traditions encore vivantes dans la Chine d’aujourd’hui.


• Le « premier empereur de Chine », un personnage controversé
Monté très jeune sur le trône, appuyé par une armée puissante, Ying Zheng parvint à réunir en un seul pays les sept royaumes combattants, dont il devint l’unique souverain durant trente-sept ans. Il demeure un personnage controversé de l’histoire de la Chine, son règne autocratique ayant été marqué par la tyrannie et le carnage. Ses réalisations ont toutefois été nombreuses : mise en place d’un gouvernement central fort, codification des lois, uniformisation de la monnaie, des poids et des mesures, mise en chantier d’un réseau de routes et de canalisations, réalisation de la première grande muraille de Chine contre les envahisseurs du nord. Non seulement laissa-t-il son nom à ce vaste pays, mais il créa un système bureaucratique qui dura jusqu’au début du vingtième siècle. Ce sont cependant les guerriers de terre cuite qui constituent la preuve la plus tangible de son héritage. Durant son règne, 700 000 travailleurs ont érigé, pendant près de quarante ans, le gigantesque mausolée contenant 8 000 guerriers de terre cuite de grande taille et d’autres sculptures remarquables. Supposément mis en chantier à la suite d’une série de tentatives d’assassinats, le complexe et ses gardes devaient protéger Ying Zheng dans l’au-delà. De récentes découvertes archéologiques indiquent que cette nécropole est beaucoup plus vaste qu’on ne l’avait d’abord imaginé (56,25 km2) : elle ressemble à un palais souterrain complet, comprenant même des jardins botaniques impériaux. Après quelques décennies de fouilles, on sait maintenant que les guerriers de terre cuite ne constituent qu’une infime partie d’un site immense. Environ 180 fosses, dont celles contenant l’armée enterrée, sont disposées de part et d’autre d’une double enceinte à l’intérieur de laquelle se trouve le tumulus funéraire. En tout, plus de 500 vestiges archéologiques - sépultures, éléments architecturaux (murailles et portes) - ont été découverts depuis les années 1970.


Les activités culturelles
Un important programme d’activités, de conférences, de visites commentées et de concerts accompagne l’exposition, de même qu’un colloque portant sur les nouvelles perspectives archéologiques sur la dynastie des Qin. René Rozon, directeur du Festival International du Film sur l'Art, a procédé à une sélection de films, présentés dans l’Auditorium Maxwell-Cummings du Musée, à titre de programmateur invité.


Les organisateurs
L’exposition L’empereur guerrier de Chine et son armée de terre cuite est organisée par le Musée royal de l’Ontario, en partenariat avec le Bureau des reliques culturelles et le Centre de la promotion du patrimoine culturel de la province du Shaanxi, République populaire de Chine, en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal.


Commissariat
Le commissariat de l’exposition est assuré par le professeur Chen Shen, conservateur principal et titulaire de la chaire Mgr White d’art et d’archéologie de l’Asie orientale au Département des cultures du monde du Musée royal de l’Ontario. Il est assisté de Laura Vigo, conservatrice de l’art asiatique au Musée des beaux-arts de Montréal, chargée de la présentation montréalaise de l’exposition. La scénographie de l’exposition a été confiée aux designers montréalais Stéphane Roy et Bruno Braën.


Les partenaires
Le Musée des beaux-arts de Montréal remercie le commanditaire présentateur de cette exposition, La Capitale groupe financier, ainsi que le grand donateur la Fondation de la famille Robert H. N. Ho. Il remercie également METRO et le restaurant Le Piment Rouge pour leur précieuse contribution. Il tient à souligner l'appui important d'Astral Media, de La Presse et The Gazette, ses partenaires médias, et d'Air Canada, son partenaire de transport officiel. Le Musée remercie également la Ville de Montréal et la STM.

Sa gratitude va également au ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec, au Conseil des arts de Montréal et au Conseil des Arts du Canada pour leur appui constant.
Le Musée tient à souligner l’appui indéfectible de l’Association des bénévoles du Musée des beaux-arts de Montréal.

Enfin, il remercie tous ses membres ainsi que les nombreuses personnes, entreprises et fondations pour leur soutien. Le programme d’expositions internationales du Musée des beaux-arts de Montréal jouit de l’appui financier du fonds d’expositions de la Fondation du Musée des beaux-arts de Montréal et du fonds Paul G. Desmarais.

Les billets d’entrée peuvent être achetés en ligne : http://www.empereurdechine.ca
Des forfaits sont offerts dans différents hôtels de Montréal. * ne s’applique pas aux groupes




.............................



Une découverte archéologique majeure


La huitième merveille du monde
Le complexe funéraire de Ying Zheng qui couvre 35 kilomètres carrés est souvent qualifié de Huitième Merveille du monde. Placé par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial en 1987 pour son importance dans l’histoire de l’humanité, il n’est pas seulement le plus grand mausolée de Chine, mais constitue l’un des plus grands sites archéologiques du monde, site qui n’est que partiellement inventorié et qui suscitera sans doute encore d’autres découvertes de première importance au fur et à mesure que les fouilles progresseront. Le mausolée et toutes les terres des alentours sont une reconstitution du cosmos tel que le concevaient le Premier Empereur et ses ministres. Il se peut que l’ensemble du projet, une fois commandé par l’empereur en 221 av. J.-C., ait été supervisé par son conseiller Li Si et que l’empereur lui-même ne se soit pas mêlé de sa réalisation jusqu’à l’étape finale, en 212, quand il ordonna que l’on contraigne au travail 700 000 ouvriers pour accélérer les travaux.


La tombe
Le tumulus funéraire reste silencieux, encore tout enveloppé de mystère. Il a toujours été connu comme la tombe de Qin Shihuangdi, depuis son érection en 210 av. J.-C. C’est une imposante colline artificielle qui se dresse entre la rivière Wei et le mont Li, à 35 kilomètres à l’est de la capitale du Premier Empereur ; elle s’élevait autrefois à 120 mètres de hauteur, mais avec le temps et l’érosion, elle n’atteint plus que 64 mètres au-dessus du niveau naturel du sol. Elle n’a pas encore été fouillée, en partie parce que la description détaillée de son contenu, dans les Mémoires historiques de Sima Qian (le Shi Ji), intimide les archéologues, qui craignent que les techniques actuelles ne permettent pas de préserver son contenu, lequel pourrait se détériorer une fois exposé à l’air libre. Le Shi Ji ne fait aucune allusion à une armée souterraine, alors qu’il décrit en détail la manière dont le mausolée a été bâti : Ils ont creusé trois strates pour l’écoulement et y ont versé du bronze en fusion, puis ils y ont enfermé le sarcophage, des maisons de terre cuite, des fonctionnaires ; des objets rares et précieux y ont été apportés jusqu’à emplir [le tombeau]. Le Premier Empereur a ordonné aux artisans de fabriquer des arbalètes pourvues d’un mécanisme de gâchette. Quiconque passerait devant elles serait abattu immédiatement. Ils ont utilisé du mercure pour créer des rivières et les mers étendues, en faisant couler le métal mécaniquement. Au plafond, on voyait les corps célestes et, sur le sol, des éléments de la géographie. Les chandelles étaient faites d’huile de dugong qui devait brûler longtemps.

Une détection du mausolée a révélé la présence d’une grande quantité de pièces de monnaie, le trésor de l’empereur, peut-être, et une forte concentration de mercure, inhabituelle. Les dimensions du tombeau reflètent la mégalomanie qui caractérisait Ying Zheng, un personnage plus grand que nature et dont la vie reste un mystère. Il se voyait lui-même comme un souverain du cosmos, en contact avec les cieux et la terre dans le sens le plus large ; il voulait aussi continuer d’observer les rites religieux et mener des guerres dans l'au-delà. Sa résidence posthume devrait donc être modelée d’après le monde terrestre, réalité fictive, mais efficace qui permettrait à son âme corporelle (po) de se perpétuer après la mort comme s’il vivait toujours. Cette re-création combinait sans aucun doute objets réels et reproductions en céramique.


La découverte de l’armée
Alors que le tumulus funéraire était connu depuis l’Antiquité, ce n’est qu’en 1974 que de nouvelles découvertes furent faites, indiquant que la colline n’était qu’une partie d’un vaste complexe dont l’étendue réelle demeure encore inconnue. Une trouvaille aussi chanceuse est d’autant plus extraordinaire qu’elle eut lieu durant la Révolution culturelle ! Le premier soldat a été aperçu par un cultivateur qui creusait un puits à Xiyang, un village du district de Lintong, dans la province du Shaanxi, au cours d’une période de grande sécheresse, en mars de cette année-là. Toujours en vie, âgé aujourd’hui de 73 ans, Yang Zhifa a raconté comment lui-même et les autres fermiers de la commune rurale de Yanzhai tombèrent sur ce qui ressemblait à une jarre et ont creusé plus profond pour mettre au jour la tête du premier soldat jamais découvert1. Ils déterrèrent le corps entier ; le soldat ressemblait à « une statue dans un temple ». Les anciennes chroniques ne mentionnent jamais l’existence de cette armée, ce qui fait que les paysans ne réalisèrent pas qu’ils avaient trouvé ce qui allait devenir la plus considérable découverte de l’histoire de l’archéologie chinoise. M. Yang possède encore la houe qui lui a servi à déterrer le premier soldat, mais il l’utilise maintenant pour planter des fleurs autour de sa maison.

Au cours des ans, le site s’est étendu, et de nouveaux soldats ont été exhumés de l’épaisse couche de loess2. Une première campagne, de 1978 à 1984, dévoila 1 087 statues de terre cuite. Une seconde, en 1985, ne dura qu’une année ; mais en juin 2009, une campagne de cinq ans sur la fosse no 1 fut autorisée. Jusqu’ici, quelque 2 000 soldats ont été inventoriés, alors que 6 000 autres gisent encore sous terre. Près de 600 archéologues du plus grand musée in situ de Chine travaillent d’arrache-pied à déterrer, nettoyer, reconstituer et conserver ces merveilleux témoins de la magnificence et de la mégalomanie de Qin Shihuangdi.

Avec les milliers de soldats qu’il reste à exhumer, cette première fosse ne représente qu’une petite partie du complexe entier, puisque celui-ci comporte plus de 180 fosses, les trois premières étant les plus importantes. Dans la fosse no 2, quelque 1 400 cavaliers et conducteurs de chars en céramique ont été découverts, accompagnés de leurs archers, agenouillés ou debout, et de fantassins. La troisième fosse ne contenait que 68 statues, dont nombre d’officiers, et ce dépôt a été interprété comme un poste de commandement. Toutes ces fosses étaient divisées par des cloisons en bois qui supportaient une légère charpente de toit.


Une production de masse créative
La découverte dans son ensemble est un exemple extraordinaire de production de masse créative dans le monde : on n’a pas enterré que quelques statues, mais des milliers fantassins cuirassés ou non, archers debout ou agenouillés, cavaliers avec leurs montures, conducteurs de chars, officiers subalternes, et un petit nombre d’officiers supérieurs (jusqu'à présent, on a découvert neuf généraux, dont deux seront exposés à Montréal).

Bien que les fours où ils ont été cuits n’aient pas encore été découverts, quelques-uns des carreaux de céramique provenant du sol du palais de Xianyang et des statues de terre cuite du complexe portent les mêmes noms gravés, indiquant que les ouvriers céramistes allaient d’un site à l’autre. Et même, les tuyaux de céramique de la salle du palais montrent plus qu’une simple ressemblance avec les jambes des soldats, ce qui conduit les chercheurs à penser que le même ministère s’occupait d’affaires civiles et funéraires. La plupart des statues sont composées de sept sortes de pièces indépendantes, chacune modelée séparément et jointe aux autres par la suite : plinthes3, bras, jambes, pieds, mains, torses et têtes, elles-mêmes coulées en deux moitiés. Une fois les pièces maîtresses assemblées, on ajoutait une foule de détails. Chapeaux, coiffures, sourcils et moustaches étaient modelés séparément, et les oreilles (également moulées) étaient fixées le long du joint des deux moitiés de la tête.

Quoique l’on puisse distinguer bien des statues selon leur apparence, les archéologues n’ont découvert que trois types de plinthes, deux types de jambes, huit types de torses et deux types d’armures, mais huit différents types de têtes. En fait, cet immense rassemblement fut une réalisation industrielle plutôt qu’artistique. Pourtant, en dépit de cette production de masse, des touches individuelles distinguent chaque soldat, et tous les vêtements, les cheveux et les traits des visages sont modelés avec un réalisme et un soin rigoureux, jusqu’aux empreintes de la semelle des sandales. Le résultat final est d’une richesse extraordinaire. Par exemple, bien que deux types de mains seulement aient été cuites dans les fours, la variété de leurs positions permet de créer une illusion d’individualité. Les coiffures elles aussi sont d’une variété incroyable. À l’époque, les hommes portaient les cheveux longs, habituellement relevés en chignon au sommet du crâne ou sur le côté. Cette manière de se coiffer dura jusqu’à 1644, quand les souverains mandchous de la dynastie Qing imposèrent la longue natte, ou queue, à sa place. Les soldats présentent différents types de chignons culminant par un entrecroisement de tresses. Les liens unissant les tresses étaient colorés d’un rouge brillant, tout comme ceux qui tenaient ensemble les plates des armures. Surmontant ces tressages et chignons compliqués, on voit un extraordinaire assortiment de chapeaux : de simples calottes de tissu tirées sur le côté ou des bérets presque plats rabattus sur l’oreille étaient le lot des soldats, alors que des bouclettes de satin élaborées et de petites boîtes de laque étaient perchées sur la tête des officiers plus haut gradés. Tous les soldats portaient une soustunique visible à leur cou, une courte robe et des jambières. Ce costume pratique, d’origine nomade, donnait une grande liberté de mouvement dans la bataille, surtout à cheval. Les combattants tenaient tous, à l’origine, de véritables armes, épées et lances de bronze ; bien qu’une dizaine de milliers d’entre elles aient été découvertes, cela ne représente qu’une fraction de leur nombre. Peu après la mort de Qin, la plupart ont été pillées par les rebelles Han, qui incendièrent les fosses en 206 av. J.-C.


Plus grand que nature
Les statues ont été invariablement modelées à une échelle légèrement supérieure au naturel. Leur réalisme, cependant, devait être plus frappant quand elles étaient encore fraîchement peintes dans leurs couleurs d’origine. Ceux qui les déterrent peuvent toujours voir les brillantes couleurs, mais pour un temps bref seulement, parce qu’une fois qu’elles sont exposées à l’air, les laques avec lesquelles les pigments ont été mêlés tombent inexorablement en poussière, ce qui fait que seules des traces de leur antique lustre subsistent. Ce n’est que récemment qu’une méthode propre à stabiliser leur enduit polychrome a été mise au point. On a pensé que ces soldats étaient des portraits des vrais, mais, mise à part la difficulté pratique de réunir les modèles vivants, de véritables soldats auraient présenté des signes de blessures, qui manquent sur les moulages en céramique.


Les goûts de l’empereur
De plus petites fosses donnent un aperçu, en plus d’éclairer sa mégalomanie, des autres intérêts de l’empereur : des acrobates au torse nu devaient le distraire, alors que des armures de pierre étaient probablement utilisées lors de cérémonies. La re-création de l’univers de l’empereur ne se limitait pas aux êtres humains et aux chevaux. En 2005, des grues, des oies et des canards de bronze ont été découverts dans une fosse périphérique qui est considérée comme le site de l’ancien jardin aquatique impérial. Toutes ces nouvelles trouvailles concourent à l’intensité de l’émerveillement que suscite ce site archéologique unique.



...............................



Une armée haute en couleurs

De nos jours, il est difficile d’imaginer que l’armée éternelle de Qin Shihuangdi fut peinte de couleurs vives. Encore récemment, on ignorait son éclatante polychromie. Quand les 8 000 guerriers furent installés en ordre de bataille, chacun portait un uniforme très coloré. Chaque visage, chaque chevelure, était peint de façon réaliste dans les moindres détails, et il en était de même pour la coiffure et les mains. Malheureusement, leur aspect d’origine ne dura pas aussi longtemps que le souverain l’aurait voulu : à la chute de l’empire, les rebelles Han brûlèrent tout ce qu’ils purent trouver dans le complexe funéraire, y compris certaines fosses. Dans la fosse no1, le plafond de bois s’effondra, écrasant l’armée éternelle. L’incendie qui suivit dut vraisemblablement endommager les sculptures de terre cuite, altérant, comme le suggèrent les experts, leurs couleurs d’origine.

Lorsque les premiers soldats furent exhumés à la fin des années 1970, les archéologues constatèrent très vite qu’une brusque exposition à l’air libre et la diminution de l’humidité relative entraînaient la disparition immédiate des couleurs. Les pigments organiques avaient adhéré au sol composé de loess1. Chaque tentative d’isoler les pigments du sol aboutit à leur destruction. Alors, les archéologues trouvèrent un moyen de sauvegarder ces fragments, seuls éléments chromatiques de référence pour les chercheurs. Cependant, depuis une quinzaine d’années, des travaux de restauration menés en collaboration avec le gouvernement allemand ont abouti à de nouvelles techniques permettant de conserver certaines couleurs d’une surprenante diversité et de tonalités particulièrement vives. La plupart des interventions sont actuellement faites directement dans les fosses, aussitôt que la sculpture apparaît, pour limiter la perte soudaine de couleur.

Grâce à de récentes analyses microscopiques, nous savons maintenant que les couleurs étaient mélangées avec de la laque, une résine naturelle provenant de l’arbre toxicodendrum vernicifluum. Il est également probable que les artisans de Qin incorporaient à ces mélanges des additifs organiques, maintenant indécelables, pour améliorer leur absorption et leur flexibilité, surtout si l’on pense que peindre l’armée tout entière aurait nécessité l’abattage de plus de 150 000 arbres à laque.

Une fois prêt, le mélange était appliqué sur la surface de terre cuite des sculptures. Les soldats étaient d’abord recouverts d’une laque brun foncé, puis peinte à l’aide de 2 ou 3 couches, parfois épaisse, de pigments. Les artisans utilisaient le cinabre, la malachite et l’azurite ainsi que le blanc os et le « violet Han » (BaCuSi206), un pigment rare. Si l’application des couleurs prenait beaucoup de temps, leur préparation en exigeait bien davantage. Une fois récoltés, les pigments étaient réduits en poudre. On en produisait de grandes quantités à la fois en raison d’une construction fébrile. On évalue à environ deux tonnes la quantité de cinabre broyé et préparé pour répondre aux besoins en pigments rouges.

Grâce à l’intervention des restaurateurs en 1999, six arbalétriers agenouillés montrent encore quelques traces de laque et de couleurs, bien que trois d’entre eux aient commencé à perdre de 1 Fine couche de terre limoneuse transportée par le vent, formée de quartz, d’argile et de calcaire 2 leur éclat à leur sortie de la fosse. L’un d’eux, qui figure dans l’exposition, a les cheveux noués à l’aide d’un ruban rouge, les plates brunâtres de son armure étant, quant à elles, fixées à l’aide de lacets rouges et de rivets blancs. Les soldats de rangs inférieurs, en particulier, montrent une tendance aux contrastes chromatiques soutenus tels que le rouge et le vert utilisés pour leurs sous-vêtements et leurs pantalons. Cette palette nous en apprend plus sur les goûts en matière de mode chez les soldats de Qin qu’un code déterminé de couleurs définissant le rang des bataillons. En fait, selon une étude récente, il n’y avait pas de code de couleurs pour l’uniforme des fantassins. Ce qui s’explique en partie : les conscrits, qui constituaient l’échelon le plus bas dans l’armée, ne recevaient pas d’uniforme. Ils devaient se le procurer eux-mêmes, utilisant les tissus qu’ils aimaient et pouvaient acheter. Nous savons par exemple qu’ils appréciaient particulièrement le vert, le rouge, le bleu et le violet, le brun et le blanc étant moins courants. Les pantalons étaient généralement verts. Les bords autour du cou et des poignets étaient de plusieurs couleurs. Cet intérêt pour les couleurs fortes transparaît aussi dans l’architecture. Même si le noir était considéré comme la couleur de la dynastie, la plupart des éléments architecturaux du palais qui ont été retrouvés à Xianyang étaient autrefois recouverts de pigments colorés et contrastés. Par contre, selon le Shi Ji2, les sujets de Qin étaient tous contraints par la loi de porter des vêtements faits de tissus naturels non teints. Peut-être le choix de recourir à des coloris variés pour représenter l’armée éternelle avait-il plus à voir avec un certain idéal qu’avec la réalité.

Les armures des officiers, contrairement à celles de l’infanterie, étaient ornées de motifs géométriques complexes, de différentes couleurs, inspirés des tissages de l’époque. L’officier de haut rang qui figure dans l’exposition portait une armure de couleurs vives, fixée à l’aide de rubans de soie rouge. En dessous, il portait 2 tuniques, l’une d’un noir violacé superposant l’autre rouge, un pantalon vert, des chaussures noires et, sur la tête, une coiffe brune en queue de faisan.

Non seulement les uniformes, mais aussi les visages étaient peints dans différents tons de jaune ou de rose pour évoquer le teint de la chair. Les yeux étaient également importants. Les globes oculaires blancs, l’iris et même les pupilles étaient clairement soulignés, conférant à la sculpture une expression vivante.



...............



Qui était le premier empereur ?


L’empereur sans nom
Contrairement à d’autres rois et empereurs, le Premier Empereur n’a pas de nom de règne. Bien sûr, il porte le nom de Ying Zheng depuis sa naissance. Lorsqu’il deviendra roi de Qin, on cessera de l’appeler par son nom, comme tout souverain. On ne peut en effet s’adresser à lui qu’indirectement, à l’aide d’expressions comme « Sa Majesté ». Ce n’est qu’après la mort du souverain que la famille a coutume d’attribuer un nom de règne. Or, le Premier Empereur rejette cette coutume : « Agir ainsi, c’est laisser les fils critiquer leurs pères... C’est par trop inconvenant et je ne l’admets point ; à partir de maintenant, je supprime le système des noms posthumes. Je suis le Premier Empereur ; les générations qui me suivront se nommeront la deuxième génération, la troisième génération, et iront jusqu’à mille et dix mille générations...» Le seul autre empereur chinois sans nom de règne sera son fils, le second empereur. Tyrannique et incompétent, il sera contraint au suicide moins de trois ans après être monté sur le trône.


Son titre : Qin Shihuangdi
Après avoir conquis la Chine, le roi Zheng se proclame Qin Shihuangdi, qui se prononce à peu près tchin chi houangdi et se traduit habituellement par « Premier Empereur ». Le sens véritable de ce titre inédit est très révélateur : Qin est le nom du pays d’origine de Zheng - ce qui signifie que Qin englobe toute la Chine ; Shi se traduit par « premier » car l’Empereur a l’intention d’engendrer une longue lignée de souverains ; Huang signifie « majestueux » ou auguste » ; Di est un terme difficile, dont le sens a évolué au fi l du temps, mais qui est presque toujours associé au divin. Nous pouvons donc en déduire que le Premier Empereur se prend pour un monarque divin.


Sa conception du rôle de souverain
« La vingt-sixième année de son règne [221 av. J.-C.], il acheva de réunir tout le monde… » inscription d’une stèle de pierre élevée à liangfu par le premier empereur « ... que le souverain empereur prit pour commencement. Il régla les lois et les mesures, les étalons pour tous les êtres... Tout ce qui est sous le ciel... les volontés se sont unies... La sagesse du souverain empereur s’est rendue aux quatre côtés [du monde] pour les inspecter... Partout où atteignent les pas des hommes ; il n’est personne qui ne se soit déclaré son sujet. » Inscription d’une stèle de pierre élevée près du Mont langya par le premier empereur ... il monta donc sur le Mont Tai ; il y dressa une pierre ; il fit la cérémonie feng. Quand il descendit, un orage de vent et de pluie survint ; il s’abrita sous un arbre et c’est pourquoi il conféra à cet arbre le titre de conseiller de cinquième rang. »


Sa conception de la loi et de son autorité
« ... on pensa qu’en étant dur et sévère, en décidant toutes les affaires d’après la loi, en châtiant et en opprimant, en n’usant ni de bonté ni de bienfaisance..., on serait d’accord avec le sort décidé par les cinq vertus. Alors donc on pressa l’application des lois... »


Sa volonté de créer une culture uniforme en Chine
D’après une proposition du conseiller Li Si, approuvée par le Premier Empereur : « ... de nos jours, les maîtres-lettrés... étudient l’antiquité afin de dénigrer l’époque actuelle... Maintenant que le souverain empereur possède l’empire dans son ensemble, qu’il a distingué le noir du blanc et qu’il a imposé l’unité... Votre sujet propose que les histoires officielles, à l’exception des Mémoires de Qin, soient toutes brûlées... Ceux qui se serviront de l’antiquité pour dénigrer les temps modernes seront mis à mort avec leur parenté. »


La tentative d’assassinat du Roi de Qin
« Jing Ke saisit alors la manche du roi de la main gauche et, s’emparant de son poignard avec la droite, il pointa l’arme vers la poitrine du souverain. Il n’eut cependant pas le temps de le blesser, car celui-ci se recula brusquement et bondit de son trône, déchirant sa manche. Le roi essaya de sortir son très long sabre de son fourreau, suspendu à son côté, mais il fut incapable, dans sa hâte, de le dégager. Jing Ke courut après le roi, qui se réfugia derrière un pilier de la salle du trône...
Selon la loi de Qin, aucun courtisan ou serviteur présent auprès du roi dans la salle du trône n’était autorisé à porter une arme... Pris de frayeur et troublé, le roi se protégea de l’agresseur en gesticulant. C’est alors que Xia Wuju, le médecin du roi, frappa Jing Ke avec le sac d’instruments qu’il transportait... “ Poussez votre fourreau derrière vous ! ” crièrent les serviteurs au roi. Suivant ce conseil, le roi put enfin tirer son sabre et frapper Jing Ke... S’effondrant, Jing Ke leva son poignard et le lança vers le roi, mais il manqua son but et heurta plutôt le pilier de bronze. »

Nous ne possédons aucun portrait authentique de lui, aucun texte écrit de sa main ni aucun moyen de distinguer le vrai du faux dans ce que racontent les historiens anciens à son endroit. Les chercheurs croient néanmoins que le Shiji - les Mémoires historiques - de Sima Qian (vers 145-87 av. J.-C.) est une oeuvre relativement digne de foi. Toutes les citations qui suivent sont tirées de cet ouvrage.




...................



Biographie

259 av. J.C.
Ying Zheng naît dans l’État de Zhao. Son père, petit-fils du roi Zhaoxiang de Qin, y est tenu en otage.

249 av. J.C.
Le père de Zheng devient le roi Zhuangxiang de Qin.

247 av. J.C.
Mort du roi Zhuangxiang. Zheng est roi de Qin à l’âge de 13 ans. La régence commence.

238 av. J.C.
Dans sa 22e année, il entre officiellement dans l’âge adulte. Il écrase un complot et prend le contrôle du gouvernement.

230 av. J.C.
Lancement de la campagne pour conquérir les 6 États rivaux. Après avoir vaincu ses rivaux, il se proclame Premier Empereur de Qin et fonde la dynastie des Qin.

220 av. J.C.
Il effectue 5 tournées d’inspection de l’empire.

210 av. J.C.
Le Premier Empereur s’éteint dans sa 50e année au cours de sa cinquième tournée.

206 av. J.C.
Des rébellions mettent fin à la dynastie des Qin.



........................


Le parcours de l’exposition
Les écrits de Sima Gian sont-ils fiables ?



Un vase rituel illustre les dernières années
de la dynastie des Zhou occidentaux


L’historien Sima Qian (vers 145-87 av. J.-C.) est notre principale source d’information sur une grande partie de l’histoire de la Chine ancienne, dont le Premier Empereur. Mais jusqu’à quel point est-il digne de foi ? Seule l’archéologie permet de vérifier l’exactitude des textes anciens.

Ce vase rituel pour la cuisson, appelé ding, date de la fin de la dynastie des Zhou occidentaux (1046-771 av. J.-C.). L’inscription qu’il porte fait état d’un présent royal à un fonctionnaire appelé Lai. Quand la dynastie tombera sous l’assaut d’envahisseurs nomades, la famille de Lai enfouira ses vases rituels, y compris ce vase ding, et prendra la fuite. Elle ne reviendra jamais. Ce vase ding et son ensevelissement précipité confirment la description que fait Sima Qian de la chute de la dynastie des Zhou occidentaux.


Traduction de l’inscription gravée sur le vase rituel
exposé à proximité du vase précédent.


C’était en l’an quarante-trois, le jour dinghai (jour 24) du sixième mois. La luminosité croissait. Le roi se trouvait dans le palais Mu du palais Zhou Kang. À l’aube, le roi se rendit dans le temple Zhou et y prit [sa] place. Le maître des chevaux Shou, placé à la droite du gouverneur Lai, franchit la porte et se tint au milieu de la cour, face au nord. Le scribe Huo remit l’ordre de commandement au roi, qui somma Yinshi de le [donner à] Lai par écrit.

Le roi approuva cet ordre qui déclarait : « Lai, les illustres [rois] Wen et Wu ont reçu le grand mandat et l’ont transmis aux quatre frontières. Parce que cet homme sage que fut ton défunt père aida ces rois à exécuter avec mérite et sollicitude le grand mandat et à stabiliser l’État de Zhou, je ne peux oublier le petit-fils d’hommes sages. Je t’ai auparavant ordonné d’aider [le contremaître] Rong Dui et de surveiller en même temps le gibier et les forêts des quatre frontières, qui doivent approvisionner le palais.

Aujourd’hui, c’est en me rappelant la valeur de tes ancêtres et de ton défunt père dans l’État de Zhou que je t’accorde un pouvoir en t’ordonnant d’exercer les fonctions de direction et de contrôle sur la population [du territoire] de Li. Ne t’avise pas d’être négligent et complaisant, mais aide et soutiens avec diligence, du matin au soir, les projets, petits et grands, de notre pays. Dans les affaires de l’État auxquelles tu prêtes ton assistance, ne t’avise pas d’être malhonnête [irrespectueux des lois] et de ne pas donner l’exemple. Quand tu interrogeras les gens du peuple et les voisins, ne t’avise pas d’être injuste et de ne pas donner l’exemple. Ne t’enrichis pas, car ce serait par pots-de-vin et traitements de faveur ; tu te trouverais alors à profiter des veufs et des veuves, et tu subirais mon ressentiment. Les gens mauvais mourraient. »

Le roi déclara : « Lai, je te donne un vase you rempli de vin de sorgho, un manteau ourlé noir, des pantoufles rouges, un char comportant un longeron latéral orné, un longeron avant de couleur pourpre, recouvert de cuir, un dais en peau de tigre à doublure noir cendré, des fixations de timon et d’essieu peintes, des grelots en bronze, ainsi que quatre chevaux avec mors et bride. Sois respectueux du matin au soir et ne néglige pas mon commandement. »

Lai salua en touchant le sol de son front, il reçut les bandes [l’ordre de commandement] et les suspendit à sa ceinture avant de partir.

Au retour, il entra [dans le palais] et présenta [une] tablette de jade. « Lai ose, en réponse à l’illustre et admirable bienfaisance du Fils du Ciel et afin de chanter ses louanges, faire fondre ce vase rituel en mémoire de mon défunt père, l’auguste Gong Shu. Puisse mon auguste père, disparu de ce monde, austère dans l’au-delà et respecté ici-bas, soutenir magnifiquement la brillante vertu et faire descendre abondamment sur moi l’harmonieuse paix et les pures bénédictions, la pénétrante richesse et un mandat éternel pour servir à tout jamais le Fils du Ciel. Puisse Lai avoir pendant dix mille ans sans interruption des petits-fils et des arrière-arrière-petits-fils qui, pour l’éternité, chériront et utiliseront [ce vase rituel] pour faire des offrandes. »


Remarque :

Qin Zhong, l’un des ancêtres du Premier Empereur, fut ministre (dafu) du roi Zhou Xuan, au pouvoir de 827 à 782 avant J.-C., en même temps que le propriétaire de ce vase Shan Lai, lui aussi ministre. Ce dernier était issu d’une éminente famille noble proche des rois Zhou, tandis que Qin Zhong faisait partie d’une famille relativement obscure appelée Ying, qui élevait des chevaux pour la maison royale. Qin Zhong mourut en défendant les Zhou lors d’une bataille contre le peuple nomade Xi Rong. Un autre roi Zhou avait auparavant attribué à la famille Ying un petit fief (seigneurie) comprenant une ville appelée Qin, qui donna son nom à l’État du Premier Empereur.


DES TÉMOINS MATÉRIELS DES DÉBUTS DE L’ÉTAT DE QIN

• Cloche rituelle ayant appartenu à
un duc de Quin qui rêvait de royauté


Selon Sima Qian (vers 145-87 av. J.-C.), le Premier Empereur doit la plupart de ses réalisations à ses ancêtres. Peut-on se fier à son récit ? L’inscription figurant sur cette cloche rituelle, exhumée en 1978, corrobore en général sa description des souverains Qin au VIIe siècle avant J.-C. Lorsque la dynastie des Zhou occidentaux tombe aux mains d’envahisseurs nomades en 771 avant J.-C., le seigneur de Qin escorte la famille royale vers l’est pour assurer sa sécurité. La nouvelle dynastie des Zhou orientaux (771-256 av. J.-C.) le récompensera en lui attribuant des territoires et un rang élevé au sein de la noblesse. Cet événement marque la fondation du royaume de Qin. Les ducs de Qin ne tarderont pas à nourrir de plus grandes ambitions. L’inscription sur la cloche mentionne que la famille du duc tient son rang d’un mandat du Ciel. Normalement, une telle distinction est réservée à la famille royale.


LES DÉBUTS DE L’ÉTAT DE QIN

• La fondation de l’état de Qin coïncide avec
la chute de la dynastie des Zhou occidentaux


Fidèles à la dynastie des Zhou occidentaux, les petits seigneurs de Qin repoussent les incursions des « barbares » venus de l’ouest, les Xi Rong. Mais en 771 avant J.-C., une invasion des Xi Rong renverse cette dynastie. Xiang, le seigneur de Qin, protège alors la famille royale dans sa fuite vers l’est. En signe de reconnaissance, le nouveau roi des Zhou orientaux lui confère un titre de noblesse important et lui cède toutes les anciennes terres des Zhou qu’il arrache aux Xi Rong. Ce geste marque véritablement la naissance de l’État de Qin, qui se situe sur une frontière précaire et ne peut survivre que par la guerre.

Les spécialistes ont beaucoup débattu de l’origine de la famille Ying, les princes de Qin. Sont-ils d’ascendance chinoise (de l’est) ou « barbare » (de l’ouest) ? Quoiqu’il en soit, les objets exposés dans cette vitrine montrent que la culture de Qin était incontestablement chinoise au VIIIe siècle avant J.-C.


LES PREMIERS JOURS GLORIEUX DE QIN

• Le duc Mu (659-621 av. J.-C.) conquiert un énorme territoire
qui renforce la présence de Qin dans l’ouest de la Chine


Ces objets proviennent de tombes de nobles datant du règne du duc* Mu. Ils sont moins impressionnants que ceux qu’ont livrés des tombes contemporaines de Chine centrale, siège d’États plus grands et plus riches. Ils n’en sont pas moins rares et délicats selon les critères de Qin. À cette période, Qin commence à jouer un rôle important à l’intérieur de la Chine. Au VIIIe siècle et au début du siècle suivant, Qin s’est concentré sur sa survie en combattant les « barbares » de l’ouest. Après les avoir pacifiés, il se tourne maintenant vers l’est. L’expansion du royaume de Qin se fait par les armes, en particulier sous le duc Mu, aux dépens des États chinois voisins. Même s’il conquiert de nombreux territoires qui seront plus tard perdus, le souvenir de ses exploits inspirera ses descendants à imiter ces premiers « jours glorieux » de Qin. * Duc : Le titre de noblesse le plus élevé après celui de roi ; titre souvent arrogé sans l’autorisation de la fragile dynastie des Zhou orientaux.


UNE CULTURE DE CHINE OCCIDENTALE

• Les artisans de Gin adoptent des styles caractéristiques
tout en restant fidèles aux formes chinoises


La plupart des objets de l’exposition, y compris ceux-ci, proviennent de tombeaux de personnages de très haut rang. Comme dans beaucoup de sociétés, les Chinois de l’Antiquité inhument leurs morts en les entourant d’objets destinés à les accompagner dans l’au-delà. Les vivants et les morts habitent le même monde, dans des royaumes différents mais reliés, chacun pouvant influencer le bien-être de l’autre. Dans une certaine mesure, le culte des ancêtres ne fait que prolonger le respect dû aux aînés – sauf que les ancêtres sont beaucoup plus influents, car ils peuvent intercéder en faveur de leurs descendants auprès des puissances du monde des esprits. Le mobilier funéraire doit donc refléter le rang social du défunt afin d’assurer le maintien de son statut (et sa bienveillance) dans l’au-delà. Chacun des objets exposés dans cette vitrine présente des motifs ou des styles décoratifs propres à l’art des Qin.


DES VASES RITUELS POUR L’AU-DELÀ

• Les vases cérémoniels occupent une place importante
dans les sépultures de la haute société


Les magnifiques vases en bronze de la Chine ancienne sont surtout destinés au culte des ancêtres, à la maison ou dans un sanctuaire. Ils servent à préparer la nourriture et les boissons que doivent se partager les vivants et les morts lors de banquets au rituel rigoureux. On dépose aussi des vases du même genre dans les tombeaux des membres de la famille royale et de la noblesse, sans doute pour l’éternité. Leur nombre est fonction du rang du défunt. Durant la période des Printemps et Automnes, des gens riches et puissants mais sans titre de noblesse commenceront à imiter cette coutume aristocratique. Leurs vases rituels sont cependant réalisés dans d’autres matériaux que le bronze, par exemple, en terre cuite. Les tombes Qin de la période des Printemps et Automnes montrent clairement que la haute société du royaume de Qin observe les anciennes coutumes funéraires des Zhou occidentaux - indice supplémentaire que la culture Qin, loin d’être une influence étrangère, suit les modèles classiques chinois.


L’ANCÊTRE POLITIQUE DU PREMIER EMPEREUR

• Au IVe siècle avant J.-C., Gin connaît une révolution sociale
menée par un ministre déterminé : Shang Yang


Quand le duc Xiao (reg. : 361-338 av. J.-C.) se met en quête d’un conseiller politique pouvant l’aider à faire de Qin une grande puissance, un étranger lui offre ses services : Shang Yang (?-338 av. J.-C). Yang opère alors la plus vaste réorganisation réalisée par un État chinois de l’époque, jetant ainsi les bases du triomphe futur du Premier Empereur. Yang s’efforce d’accroître au maximum la centralisation du pouvoir, l’efficacité économique et, avant tout, la puissance militaire. Véritable despote, le duc est appuyé par un appareil bureaucratique dont les fonctionnaires sont nommés même à l’échelon du village. La paysannerie est réorganisée de façon à fournir une multitude de soldats à une armée élargie. La hiérarchie sociale est étroitement liée à la hiérarchie militaire. Les promotions sont fondées sur le mérite et non sur la naissance ; seule une belle carrière militaire permet de s’élever dans la société. Chaque personne devient serviteur de l’État.


LA POLITIQUE D’OUVERTURE

• Des vases laqués témoignent de l’ouverture de Qin
à l’égard des étrangers et des idées nouvelles


La période des Royaumes combattants est marquée par l’innovation dans le domaine de l’idéologie, de l’économie et du gouvernement. De nouvelles philosophies apparaissent, entre autre, le taoïsme et le confucianisme. Shang Yang, le principal conseiller de Qin, adopte une nouvelle doctrine politique appelée « légisme ». Les légistes estiment que tous les sujets du royaume, peu importe leur position sociale, doivent être soumis à la rigueur de la loi et que la crainte, bien plus que le respect et l’affection, permet d’assurer leur loyauté. Aux dires de Yang : « Si les peines sont lourdes et les récompenses rares, le souverain aime son peuple, qui se sacrifiera pour lui. » Yang encourage l’immigration afin d’accroître la prospérité agricole et la puissance militaire de Qin. Ces vases rituels en laque témoignent de la main tendue aux étrangers, la tradition de la laque, originaire du sud de la Chine, ayant été transmise par les immigrants ou tout simplement adoptée par les Qin.


LES PREMIERS SOLDATS EN TERRE CUITE

• Deux soldats à cheval représentent les plus anciennes
figurines militaires en terre cuite exhumées en Chine


Elles proviennent de la tombe d’un homme important, peut-être un chef militaire. Cet homme était peut-être d’origine très modeste. Le commandement des armées, auparavant réservé à la noblesse héréditaire, est devenu, à Qin comme ailleurs, une profession ouverte. En Chine, comme dans beaucoup de cultures anciennes, il était normal de tuer hommes et animaux pour qu’ils puissent continuer de servir le défunt dans l’au-delà. Au pays des Qin, cette coutume est apparue assez tard. Selon l’historien Sima Qian : « La vingtième année (679 av. J.-C.), le duc Wu mourut... Pour la première fois, on sacrifia des hommes pour qu’ils suivissent le mort… au nombre de soixantesix. » Les sacrifices seront petit à petit remplacés par de petites sculptures en bois ou en terre cuite. Qin sera le premier État à abolir les sacrifices humains, qui continueront toutefois d’être pratiqués de façon sporadique.


LA PREMIÈRE GRANDE CAPITALE

• Des éléments architecturaux provenant de Yong Cheng, une ville de palais,
de temples, de sanctuaires ancestraux et de tombes


En 677 avant J.-C., le duc De établit sa capitale à Yongcheng. Des divinations effectuées sur place prédisent que ses descendants s’étendront vers l’est. Yongcheng demeurera le centre politique de l’État pendant 250 ans, après quoi, même si la capitale est déménagée à l’est, la ville restera le centre spirituel et cérémoniel du pays. Les ducs construisent massivement à Yongcheng. Ils créent aussi un vaste cimetière et les premiers mausolées de Qin, constitués d’une sépulture principale, de sépultures secondaires, d’un tumulus, d’enceintes et de structures diverses dont un temple funéraire. Yongcheng sera également un centre économique. On y trouve les vestiges archéologiques les plus anciens d’une véritable place de marché dans une ville chinoise. Une enceinte délimitait la zone du marché, elle-même constituée d’un quadrillage de rues bordées d’échoppes - preuve manifeste du commerce de plus en plus florissant de l’époque.


LES VESTIGES DU TRÉSOR D’UN TOMBEAU DUCAL

• En Chine, le plus vaste mausolée antérieur
au premier empereur appartient à un duc de Qin


Dans la nécropole ducale située à l’extérieur de Yongcheng se trouve un vaste tombeau qui aurait* appartenu au duc Jing (reg. : 577-537 av. J.-C). Les seigneurs entreprenaient normalement la construction de leur tombeau dès leur accession au trône. En général, le tombeau était d’autant plus imposant que le règne était long. Le duc Jing a régné 40 ans. Le tombeau a été pillé plus de 200 fois dans l’Antiquité, mais les archéologues ont néanmoins exhumé plus de 3 000 petits objets magnifiques, dont ceux que l’on voit ici. C’est le seul tombeau d’un duc de Qin à avoir été entièrement fouillé jusqu’ici ; il nous donne une idée de ce que pourrait recéler le tumulus funéraire du Premier Empereur. * Le nom adopté (ou porté à la naissance) par un souverain n’est jamais mentionné dans la tombe. Durant son règne, on ne s’adressait à lui que de façon indirecte (« Votre Majesté »). Le « nom de temple » que l’histoire retiendra est choisi après sa mort et son inhumation.


LA VIE AU SEIN DE LA HAUTE SOCIÉTÉ

• La cache de Gaowangsi donne un aperçu
du mode de vie cosmopolite de la haute société Qin


En 1977, des archéologues découvrent près des vestiges d’un palais royal de Yongcheng un trésor de 12 récipients en bronze, dont 4 objets exposés ici. S’agissait-il d’une collection royale ? Ces vases rituels, peut-être destinés à un sanctuaire ancestral (et non à un usage quotidien), montrent la richesse de la culture matérielle de la haute société Qin. À une exception près, tous ces objets furent fabriqués dans d’autres États chinois. Ils reflètent le cosmopolitisme de Qin, qui accueille alors à bras ouverts les gens et les idées de l’étranger pouvant lui être utiles. Le tripode à couvercle ding, par exemple, fut fabriqué dans l’État de Wu, mais dans le style de l’État de Chu. Le vase hu porte l’empreinte de l’État de Jin. Ces objets faisaient-ils partie d’un butin de guerre ou furent-ils obtenus par la famille Qin régnante dans le cadre d’échanges commerciaux ou en raison de liens de parenté ou de mariages contractés avec d’autres États ?


• Un palais à Xianyang

Le duc Xiao fonde Xianyang et en fait la nouvelle capitale de Qin en 350 avant J.-C. La ville atteint son apogée sous le Premier Empereur (reg. : 246-210 av. J.-C.). Xianyang dépasse alors par sa taille toutes les villes chinoises de l’époque. Selon la légende, elle compte alors 300 palais, dont des copies des palais royaux de tous les États conquis par le Premier Empereur. Cette maquette a été réalisée à partir des vestiges d’un des quatre palais fouillés par les archéologues dans les ruines de Xianyang. Malgré son caractère un peu incertain, la reconstitution est basée sur des données archéologiques - fondations, potelles, restes de planchers, de murs et d’escaliers, tuiles, etc. Comme les Chinois utilisent presque exclusivement du bois dans la construction - la pierre ne sera employée que des siècles plus tard -, il ne reste en surface que peu de traces architecturales. Le palais se dressait au-dessus de plusieurs plate formes en pisé de différentes hauteurs (dont il reste des vestiges), ce qui lui donnait l’aspect d’un édifice de plusieurs étages et lui permettait de dominer la ville. En fait, les différentes structures constituant le palais ne devaient pas dépasser deux étages. Ying Zheng, le futur Premier Empereur, verra ce palais pour la première fois en 249 avant J.-C., l’année où son père monte sur le trône. Ying Zheng est alors âgé de 10 ans.


VESTIGES D’UN ART RAFFINÉ

• Des fragments architecturaux témoignent des techniques
et du sens esthétique des artisans de Qin


En 325 avant J.-C., le duc Huiwen se déclare roi de Qin. La prospérité de Qin est toute récente et il consacre la plus grande partie de ses excédents économiques aux conquêtes territoriales. À l’aide de règlements, d’impôts et de corvées, l’État veille à ce que le peuple ne s’habitue pas au confort et cherche plutôt la gloire militaire, unique moyen de s’élever socialement. Les objets exposés ici proviennent d’un palais royal situé dans la capitale, Xianyang. Ils témoignent de l’art raffiné et de l’habileté des artisans de Qin au IIIe siècle avant J.-C. L’important fragment de décoration murale, qui ornait un passage, est l’un des plus anciens exemples de peinture murale chinoise qui ait survécu. À l’époque où ces objets sont réalisés, Qin compte parmi les États les plus puissants et les plus centralisés de Chine.


SUR LES TOITS DE QIN

• Les tuiles décoratives font rêver à la beauté
éclatante de l’architecture des Qin


Il reste peu de vestiges des palais en bois de la Chine ancienne. Les toits des bâtiments étaient à l’origine recouverts de chaume mais, sous les Zhou occidentaux (1046-771 av. J.-C.), on commence à couvrir les édifices importants de tuiles en terre cuite. Les artisans appliquent bientôt à la fabrication des tuiles le principe de la production en série, un des grands atouts de l’industrie céramique chinoise. Pour réaliser des tuiles courbes, on procède à peu près de la même façon que pour les canalisations (et pour les jambes des soldats en terre cuite du Premier Empereur) : on enroule des colombins d’argile autour d’une forme cylindrique que l’on presse doucement. L’usage s’établit peu à peu d’ajouter aux tuiles de rive un embout circulaire, décoré à l’aide de moules. L’un des objets exposés ici a probablement servi de matrice pour ce type de moules. Chaque État décore les tuiles à sa manière ; celles qui sont exposées ici présentent des motifs Qin caractéristiques.


LA HAUTE SOCIÉTÉ QIN

• Malgré les guerres ou, peut-être, grâce à elles, la
haute société Qin a une riche culture matérielle


La guerre sévit, mais l’aristocratie Qin en tire prof t grâce aux récompenses officielles, sous forme de terres ou de promotions, associées aux succès militaires – et peut-être aussi grâce aux pillages perpétrés chez l’ennemi. Les objets exposés ici témoignent du talent incontestable des artisans de Qin dans une foule de matériaux. Il s’agit d’objets personnels ou domestiques, à l’exception des moules de plaques de ceinture, qui appartenaient peut-être à un fonctionnaire proche des artisans. Tous ces objets ont été exhumés de tombes dont l’aménagement ressemble de plus en plus à une ou plusieurs pièces d’une maison – une sorte de demeure pour l’éternité. Fidèle à cette évolution, les objets du quotidien occupent une place croissante dans les sépultures, même si on y trouve encore des vases rituels traditionnels.


LE TRIOMPHE OU L’UNIFICATION DE LA CHINE

• Ying Zheng, devenu roi de Qin, conquiert le reste du territoire chinois
et se proclame premier empereur de chine.


Par suite du décès prématuré de son père en 247 avant J.-C., Ying Zheng monte sur le trône à l’âge de 13 ans et la régence est instaurée. En 238, à l’âge de 22 ans, Ying Zheng est déclaré officiellement majeur lors d’une cérémonie organisée à Yongcheng. Il écrase alors une rébellion menée par l’amant de sa mère et s’installe au pouvoir. En 230, il lance une campagne pour conquérir tous les autres États chinois. Il n’a pas d’arme secrète, mais seulement de meilleurs officiers de rang supérieur et des armées nombreuses et disciplinées, fortement motivées par la perspective des récompenses qu’apportent les succès militaires. Il exploite aussi les dissensions entre ses rivaux, qui hésitent entre la création d’une alliance contre Qin et la soumission au vainqueur probable. En 221 avant J.-C., Ying Zheng écrase le dernier État indépendant, instaure le premier empire chinois unifié et se donne le titre inédit de Qin Shihuangdi ou « Premier Empereur de Chine ».


CONSOLIDER L’EMPIRE

• Pour diriger le nouvel état, le premier empereur impose des normes communes et
entreprend de gigantesques travaux publics.


Après sa victoire, le Premier Empereur décrète que toute la Chine appliquera dorénavant les normes de Qin dans des domaines comme les poids et mesures. Sa décision vise à faciliter le commerce dans le nouveau royaume. Fabriqué dans l’État de Wei, ce récipient porte une inscription, sans doute ajoutée après l’unification du pays, qui défi nit son volume en unités de Qin. Ayant proclamé la paix universelle, le Premier Empereur dispose d’une main-d’oeuvre très abondante, partout en Chine : soldats démobilisés, prisonniers et hommes adultes, qui doivent accomplir pour l’État des corvées annuelles imposées ou tenant lieu d’impôt. Le Premier Empereur affecte ainsi des centaines de milliers de Chinois à d’immenses projets destinés à accroître la sécurité, les communications et la prospérité : un nouveau réseau routier centré sur la capitale, ainsi que de « grandes murailles » pour protéger les frontières septentrionales.


CRÉER UNE CULTURE COMMUNE

• Le premier empereur cherche à codifier les aspects matériels de l’existence et aussi,
dans une certaine mesure, le domaine de la pensée.


Le Premier Empereur souhaite fondre les disparités de la Chine dans le creuset d’une société unique possédant les mêmes normes, les mêmes coutumes et les mêmes modes de pensée. Au niveau matériel, cette politique présente des avantages indéniables. Avant, chaque État battait sa propre monnaie ; maintenant, celle de Qin s’impose à toute la Chine et ce, pendant plus de 2 000 ans. De même, chaque État possédait son propre système d’écriture. Désormais, toute la Chine emploie l’écriture de Qin, qui ouvrira la voie à l’écriture classique chinoise. Pour renforcer le nouveau régime, le Premier Empereur tente également d’instituer une idéologie commune en supprimant les livres pouvant favoriser la dissidence et en mettant à mort les lettrés jugés déloyaux, des gestes pour lesquels il sera durement critiqué plus tard.


UNE ARMURE POUR L’AU-DELÀ

• Des milliers de casques et d’armures de pierre surprenants
seraient enfouis dans le mausolée


Au sud-est du tumulus se trouve une fosse aussi vaste que la fosse no 1. En 1998, alors qu’ils n’en ont fouillé que 145 m2, les archéologues font une découverte tout à fait inattendue : des milliers de petites plates de calcaire fragiles jonchent le sol. Ils finissent par comprendre qu’ils ont mis au jour des armures en pierre : près de 87 armures, dont une était destinée à un cheval (une autre surprise), et 43 casques. Les armures étaient, bien sûr, des répliques de celles que portait l’armée de Qin, faites de cuir ou de fer. Il se peut que le reste de la fosse abrite des milliers d’assemblages de ce genre. Chaque armure est le fruit d’un travail laborieux, pourtant leur fragilité et leur poids les rendraient inutiles en situation de combat. À quoi servaient ces mystérieuses armures ? À se défendre contre des combattants ennemis dans l’autre monde ? À repousser les mauvais esprits ou les démons ? À qui étaient-elles destinées ? Nous ne le savons toujours pas.


LES COMMANDANTS DE L’ARMÉE DE TERRE CUITE

• Quelques officiers de rang supérieur
Guident l’armée souterraine du premier empereur


Les archéologues ont exhumé près de 2 000 sculptures de trois fosses qui couvrent une superficie de 20 000 m2. Les fosses nos 1 et 2 n’ont été que superficiellement déblayées et on ignore à combien s’élèvera le nombre définitif : probablement plus de 6 000 soldats, 676 chevaux, 140 chars en bois (aujourd’hui en état de décomposition) et des dizaines de milliers d’armes en bronze. Ensemble, ils représentent une armée complète déployée en formation de combat. Ils symbolisent peut-être l’armée entière de Qin, la garde de la capitale impériale ou encore la garde personnelle du Premier empereur. La découverte de ces statues a stupéfié le monde. Le déploiement d’un si grand nombre de guerriers plus grands que nature est sans précédent dans l’art funéraire chinois, comme l’est le modelé de leurs traits méticuleusement détaillés et personnalisés. Des caractéristiques extraordinaires que le Premier Empereur a dû exiger. L’armée de terre cuite correspond-elle à l’idée qu’il se faisait d’une force idéale pour l’au-delà ? Seuls neuf officiers supérieurs ont été dégagés à ce jour.


LE COMBAT À CHEVAL : LA CAVALERIE

• Les cavaliers, peu nombreux, jouent un rôle
important dans l’armée de terre cuite


La fosse no 2 contient le bataillon de cavalerie de l’armée de terre cuite. Chaque cavalier est debout devant son cheval ; dans la main droite, il tient les rênes, dans la gauche, une arbalète ou une lance. Les cavaliers occupent une place importante dans l’armée de Qin, mais sont peu nombreux par rapport aux fantassins. La cavalerie lourde n’existe pas dans la Chine de cette époque, car on ne connaît pas encore les étriers. La fabrication de ces chevaux est une véritable prouesse technique. Il s’en dégage une impression de force, de vivacité et de courage.


LE COMBAT À CHEVAL : LES CHARS

• Les liens unissant les chars de combat et la conduite de la guerre
remontent bien avant la dynastie des Qin


Les archéologues ont mis au jour 140 chars en bois dont il reste malheureusement peu de chose. Chaque char est attelé de quatre chevaux en terre cuite. Dans la fosse no 1, les chars servent au transport des officiers d’infanterie. Le conducteur du char est également un officier ; les chars sont associés aux officiers de haut rang depuis la nuit des temps. Dans la fosse no 2, presque tous les chars forment une unité distincte. Les puissants chevaux de l’armée de terre cuite nous semblent petits aujourd’hui. Toutefois, leur taille serait réaliste.


L’INFANTERIE : LE COEUR DE L’ARMÉE DE TERRE CUITE

• La taille et le réalisme des soldats
de terre cuite nous interpellent


L’armée de terre cuite compte de nombreuses catégories de soldats, qui se distinguent par leurs styles de coiffure, leurs casques, leurs vêtements, leurs accessoires, leurs postures et leur type d’armures. Le plus frappant, c’est qu’aucun guerrier ne ressemble à un autre. Les artisans qui ont créé l’armée de terre cuite ont eu l’ingéniosité d’assembler quelques formes identiques selon diverses







< - RETOUR - >