Frédéric Vignale




« Quand je fais des papiers déchirés, je suis heureux » Jean Arp.

Frédéric Vignale est né en 1973 et vit depuis à Metz. Passionné d'images et de mots, il obtient un bac audiovisuel puis se dirige vers des études littéraires. Il prépare actuellement un doctorat en Lettres, pratique le collage depuis trois ans, expose, fait des courts-métrages en vidéo, peint, dessine, écrit des chansons, fait des pochettes de CD, des cartes postales.

Touche-à-tout, il a également fondé une revue de poésie et lancé une collection artistique « Nyctalope prod. » qui propose dix textes et une illustration sur les auteurs qu'il rencontre sur Internet ou dans la vie. Il est actuellement responsable de la communication dans une mairie de la banlieue sud de Metz. On peut retrouver ses créations sur sa page web réalisée par David Jacquet : http://www.ifrance.com/vignale

« Ce qui différencie mon travail de celui d'un peintre conventionnel, c'est que je ne peins pas sur une toile. De ce fait, j'aime utiliser toutes les ressources des techniques de reproductions. (Canvas, soie, papiers anciens). La finalité de mon travail sur le collage est sans doute de réconcilier l'Art et la vie. Je ne pourrais m'exprimer autrement que par le collage - même si j'y incorpore parfois d'autres techniques picturales - car j'y suis attaché de manière intrinsèque et intemporelle.


Le collage me ressemble, il canalise de nombreuses parties de ma personnalité. La base de mon travail naît d'une démarche intellectuelle fouillée mais j'aime y incorporer des éléments des magazines de modes, des journaux « people » et l'art de la rue. Ces deux notions cumulées sont la base de ma réflexion, de ma manière de m'approprier les images du monde, celles des autres et d'ouvrir l'Art au monde. Les techniques mixtes que j'utilise se combinent ensuite naturellement mais la matière première fait partie intégrante du collage ; c'est elle qui fait le collage, elle est en indissociable et fondamentale.

J'ai découvert le collage il y a trois ans en même temps que la poésie surréaliste. Le déclic s'est produit au moment où, pour un exercice universitaire, je devais rendre hommage à Jean Tardieu. Profondément attaché aux images depuis mes études en filière audiovisuelle, j'avais besoin d'y associer les mots de Jean Tardieu. C'est ainsi qu'en une nuit, j'ai réalisé mon premier collage. Devant l'accueil reçu à cette époque, j'ai décidé de creuser plus à fond cette technique.


Dès les prémices de mon travail sur le collage, je me suis rendu compte qu'il était essentiel pour moi d'inventer ma propre technique de collagiste. Je ne me suis intéressé que bien plus tard à l'histoire du collage car je ne voulais pas que mes productions souffrent des interférences des maîtres de cette discipline. Par contre mes influences ont tout de suite été clairement exprimées, je m'inspirerai des poètes, de Francis Bacon, de Man Ray, Godard, de Schnabel ou encore de Wharol Basquiat ou Orson Welles ».

Le collage est pour moi la façon la plus immédiate, la plus évidente, d'accéder à la poésie : jouer avec les images du monde, éparpiller les pièces du puzzle et les remonter à ma façon. On peut jouer avec les papiers découpés ou déchirés comme on joue avec les mots. Le plaisir est de jouer avec les images en les découpant, en les déchirant, en les combinant dans un ordre différent de l'ordre logique et qui sera pour une part le fruit du hasard, et pour une autre, celui de la recherche semi-consciente d'une image encore jamais vue dont la première qualité sera de m'étonner, d'ouvrir la porte d'un continent intérieur encore inexploré.

On peut faire ce qu'on veut avec les images comme avec les mots : ajouter, remplacer, retirer, se laisser surprendre par le rapprochement de deux images, y revenir, modifier encore. Gommer le défaut ou l'utiliser, exactement comme les peintres de Lascaux jouaient avec les aspérités des parois de la caverne pour dessiner leurs scènes fantastiques et créer de la magie.


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« Le collage est la tribune de Frédéric Vignale, son moyen d'expression privilégié. Il a inventé de nombreuses techniques dans ce domaine mais préfère les passer sous silence car les pilleurs guettent. Lui-même est un voleur de mots et d'images. Il s'approprie les images des autres, les mots de ses semblables, de ceux qu'il aime ou qu'il déteste et les incorpore à sa manière dans son univers, dans sa cacophonie.


Frédéric Vignale, milite pour un art populaire, il utilise les journaux à scandales, la presse « people » aussi bien que le « magazine littéraire » ou « le Monde », il veut casser les genres pour mieux les réunir. Témoin attentif de son époque, son art est basé sur le second degré, la connivence et la distance de l'objet. Son art est recréation, ré-appropriation du monde. Destruction, déchirement amusé.

Ses influences sont nombreuses ; les surréalistes, Francis Bacon, Orson Welles, Fritz Lang, les poètes, les créateurs, les designers, les chanteurs, les créateurs de tous poils.  Plus qu'une démarche intellectuelle, son art est « intuition », entouré de mille précautions, de vols à l'étalage de l'image telle qu'elle est partout. Ce sont les morceaux d'un puzzle, les pièces, d'une énigme qui nous entraîne vers la connaissance du milieu, des autres et de l'auteur lui-même. Les cadavres de mots et d'images sont les bribes d'une réponse, épanchés sur ces collages de réalités éloignées mais cohérentes saisies sur le papier des ces créations finales et laborieuses.

Son luxe c'est l'inachèvement, la liberté de l'oeuvre qui ne finira jamais. Les images, les couleurs deviennent les siennes car il les travaille encore et toujours pour en faire naître la substantifique essence, pour qu'elles puissent parler à nouveau d'une voix différente et charismatique ». Pascal Henry (Paris)






Photos / texte : Frédéric Vignale avec autorisation d'utilisation pour Centrart © 1997-2006